Je m'interroge toujours sur l'intérêt qu'il peut y avoir à monter un chopper ou un bobber avec un moteur à l'origine conçu pour une moto à cadre suspendu. Pourquoi diable ces mécanos s'obstinent-ils à rigidifier une meule qui au départ ne l'était pas ?
La question peut se poser ici, puisque le shovelhead qui motorise ce bel engin n'a pas connu de monte rigide à sa naissance. Peu importe, en fait (oui, je ne suis pas à une contradiction près), parce que ce green shovel est bien élégant.
Soit à l'origine une Harley Davidson FLH de 1976 dont seul le cadre est conservé, rigidifié par un hardtail boulonné (ce qui me laisse supposer que la transformation est réversible). Le moteur est un S&S de 96 CI. Ne causant pas un traitre mot de japonais, je suis incapable de dire quelles transformations il a subies mais au vu du maigre et fragile pneu arrière vintage et du freinage à peine théorique, j'ose espérer qu'elles ne vont pas au delà des moyens de la partie cycle. On notera un élégant réservoir en deux parties solidarisées qui a dû subir bien des outrages avant d'arborer cet élégant dessin, un antique frein avant à tambour simple came qui présage d'intenses suées dans la circulation japonaise. La fourche semble être la Showa d'origine, débarrassée de ses fixations de gardes-boue et l'élégant guidon ainsi que son pontet doivent provenir d'un Sportster.
Selle façon Bates, pillion pad davantage destiné à caler les reins du pilote qu'à accueillir une éventuelle passagère, cale-pieds remontés qui vous donnent l'air d'un crapaud mais qui ont l'avantage de ne pas frotter dans les virages, pots visiblement dénuées de tout dispositif d'atténuation sonore (des chicanes, quoi), kick bien en évidence (mais vous aurez comme moi noté la présence du démarreur électrique qui équipait la moto à l'origine, derrière le cylindre arrière), la grammaire du genre est parfaitement respectée. Il n'en demeure pas moins que l'engin allie paradoxalement une qualité de fabrication et une modestie dans sa mise qui me le rendent sympathique, voire séduisant. Raison pour laquelle il figure dans ces pages.
On doit cette moto au garage Motorcycle Fever, situé près d'Osaka. Je vais les suivre de près.
Tu as besoin de te faire remarquer mais tu ne sais pas comment t'y prendre ? J'ai la solution. Ou plutôt, c'est Motoyan, tenancier de l'indispensable No Future Tokyo qui l'a trouvée pour toi. Un de ses camarades (souriant, sur la photo) s'est concocté un remarquable Digger autour d'un moulin de Kawa W 650. A ceux qui trouveraient les 50 chevaux du berlingot d'origine un rien poussifs, je répondrai que le cadre rigide, l'interminable empattement, le riquiqui tambour avant et la fourche Girder aux vertus d'amortissment très conceptuelles devraient assurer le plein de sensations, surtout dans ces moments critiques (virage, freinage, ...) que connaît chaque motard lors de ses évolutions en milieu routier.
Sinon, on remarquera l'exceptionnel travail de carrosserie - sublimé par une de ces peintures dont nos amis nippons ont le secret, citant la culture custom ricaine en la magnifiant, la jante Invader à l'arrière, connue pour sa solidité plus que relative ainsi que le joli boulot sur les faux caches sous la selle. Je passe sur les indispensables touches de mauvais goût sans lesquelles un custom ne saurait être, comme les pièces anodisées en bleu qui se marient si joliment avec le jaune et rouge de la carrosserie.
De fait, le vieux fond d'honnêteté intellectuelle qui me reste m'oblige à admettre que j'installerai bien cet engin en déco dans mon salon. Pour ce qui est de rouler dessus dans le trafic, j'envisagerai la chose dès qu'on m'aura débarrassé de mon cerveau.
Zoltan Glass, étude de nu en costume égyptien, Circa 1950
Temps lourd de pluie, promesse d'averse (tenue), mois de mai tristoune, ciel de plomb. Une balade dans les beaux parcs de Séguinaud et de Panoramis, à Bassens, avec dans les oreilles les paysages sonores d'Eddie Ladoire et Mathias Delplanque créés pour eux, exprès.
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