Bonjour,
Nous sommes lundi matin, il est minuit et quarante et une minutes à ma montre et je viens de comprendre pourquoi j'étais (secrètement) amoureux de Feist.
Vous ne me trouvez pas quelque chose de Bruce Willis ?
Dans mon oeil luit déjà l'éclat violet du vengeur. Je suis flic mon gars, I'm a damn' cop. Disons que j'assure la sécurité dans un centre commercial. A temps partiel. Depuis le 9-11, les
centres commerciaux sont des cibles potentielles de premier choix pour les ennemis de la liberté, c'est M. Laplume, le manager du mall qui nous l'a dit. Il lui faut des gens comme moi : aguerris,
maîtres de soi, affûtés et sans pitié pour veiller sur le calme fleuve de clients innocents qui chaque jour emplit l'allée centrale du Mall et les boutiques attenantes. Je suis l'un des garants
de la paix civile et je serai sans pitié avec ceux qui menacent l'harmonie de notre beau pays.
Je les surveille : les fuyants, les basanés, les musulmans, les latinos trop humbles dont les yeux fatigués se voilent d'une taie d'amertume,
les barbus, les glabres - qui sont des barbus en puissance, les petits, les grands, les gros, les trop maigres, les enfants, les aveugles, les voyants, les chiens, les mères de famille, les
hommes seuls, les vieilles, les bandes, les silences, les lumières, les sacs, les reflets, les rideaux fermés des cabines d'essayage, les consultants, les informaticiens, les chômeurs, la
fleuriste, Vasti, mon collègue indien, les dalles de marbre de l'atrium, le soleil à travers la verrière et les oiseaux et les nuages et Dieu.
Un jour, j'aurai ma chance. un jour, un salaud viendra et dégainera son riot gun. Ce jour là je serai là, en face de lui. Je l'envisagerai
calmement et je lui dirai que c'est fini. Fini avant d'avoir commencé parce que je suis là, face à lui, je suis le rempart. Je serai le rempart et je serai immortel. Je tenterai de l'apaiser mais
ce fou fanatique n'entendra rien. Ressentant alors un état de menace légitime, je lèverai mon arme, il lèvera la sienne et je l'ab... Non, il m'abattra. Mais j'aurai su plonger à temps pour
éviter la décharge de chevrotine et je n'en retirerai qu'un vilaine blessure. Je serrerai les dents - les fesses aussi, ça fait mauvais effet de se souiller - La fumée retombée, l'écho des
détonations envolé, je me mettrais debout, sanglant, tremblant de douleur et de colère et je l'abattrai comme le chien qu'il est d'avoir voulu défier l'occident. Deux balles. En plein coeur. Je
serai le seul blessé. Je tomberai à genoux, le monde deviendra flou, des silhouettes m'entoureront et je pourrais alors fermer les yeux pour ne les rouvrir que dans l'ambulance.
Je serai enfin publiquement le héros que j'ai toujours été. Ils auront alors honte de leurs regards méprisants. Ils auront honte de leurs
sales vannes de merdeux quand je les coursais dans les allées du centre. Robicheaux et ses connards de potes auront honte de m'avoir si souvent rossé au lycée. Le coach de l'équipe de judo ne se
moquera plus de moi. Sabine Reloux, l'avocate, n'écourtera plus nos conversations de hasard dans la rue. Elle me demandera de mes nouvelles, me félicitera pour mon courage, me proposera de
l'aide. Et la nuit, elle touchera son petit con humide en pensant à moi, en rêvant qu'une belle queue de héros la remplit et la comble enfin. Les mômes verront en moi un héros, les filles l'amant
de leurs rêves, les mecs l'ami qu'ils auraient tant voulu avoir. Ma mère n'y comprendra bien sûr rien, elle ne me reconnaît plus depuis déjà deux ans, mais tante Claire cessera de
systématiquement faire précéder mon prénom de "ce pauuuuuvre...". Raoul. Je serai Raoul. Je réhabiliterai Raoul. Raoul sera le nouveau Bruce. Les jeunes parents du compté aimeront donner ce
prémon à leur premier fils. Ils me demanderont d'être parrain. Je viendrai en boitant, m'aidant dans ma marche d'une modeste canne (ma blessure, vous vous souvenez), je poserai ma main sur le
front de l'enfant, en souriant, et il sera béni. Je serai le sauveur de l'Amérique. J'aurai déjoué un attentat suicide au centre commercial de Chambly, près St-Hyacinthe, Québec, Canada. Mon père
me téléphonera peut-être.
Ami punkachien qui hantes nos parcs et jardins publics nanti d'un arsenal de massues, baballes, diabolos et autres bâtons chinois dans
le seul but de menacer mes gosses d'une fracture du crâne, je te conseille de regarder cette vidéo. Ensuite, tu pourras aller jeter ton matériel à la poubelle, t'enfermer chez toi, t'asseoir dans
ta chambre sous ton poster de Manu Chao et pleurer.
Quand j'avais quinze ans, j'étais skater. C'était pas mon sport, c'était toute ma vie. Je séchais les cours et je partais sur mon vélo, un
Peugeot trois vitesses tout pourri, à Judaïque, rider la rampe. J'avais un sac US sous le rabat duquel je coinçais ma planche, une Tony Alva large de dix pouces. Mes Trucks s'appelaient
Independent, mes roues Kryptonite. Dans le sac, j'avis un casque que je ne mettais jamais et un t-shirt Gordon & Smith, pour être le plus beau.
J'étais l'éternel poireau. Je ne suis jamais parvenu à sortir trois roues, encore moins à péter un aerial. Sortir quatre roues, ça s'appelait
un Tail Block. Le Hollyair (l'aerial sans les mains) était à peine pratiqué par quelques dieux californiens, des skatepunks fous sous speed qui sortaient des figures hallucinantes. Pourtant,
j'avais la même planche qu'eux, les mêmes trucks, les mêmes roues. Mais pas la folie. Dommage.
Trente ans ont passé. Bordeaux s'enorgueillit aujourd'hui d'une piste de skate sur ses quais alors que nous devions pleurer pour avoir le
droit de rider sur une planche de contreplaqué inclinée. Le skate est devenu un business, mais les écorchures que je vois sur leurs genoux sont les mêmes que les miennes.
L'été, on allait à Biscarosse. Port Maguide et son skatepark en goudron étaient à quelques kilomètres à peine. J'empruntais le vélo de mon
oncle, un peugeot à trois vitesses - aussi - que mon frère s'est plus tard fait faucher à Hyères, et je partais, vaillant, à l'assaut des côtes infernales qui menaient au lac, à Maguide et
au skatepark. Là, j'essayais de parvenir enfin au sommet du vertical de la rampe. En vain. Plus tard, le park est devenu parking. Puis plus rien. J'y suis passé l'an dernier, je n'ai rien
retrouvé.
Demeurent mes rêves de gloire d'alors. L'aerial géant que je plantais devant la foule en délire. La nonchalence étudiée, la fièvre, Steve
Olson, Tony Alva, Stacy Peralta et un putain de mexicain à moustaches dont j'ai oublié le nom mais qui savait y faire pour le skate et la folie.
J'avais de beaux dieux alors.
Images : en haut, Steve Olson ; en bas, Tony "mad dog" Alva.
D'une manière générale, je ne suis pas spécialement fan de nerd art. mais, ce mec, Stanley Lau, que j'ai découvert via deviantart, me cloue un
peu. Surtout sa manière à l'encre - je ne sais pas si c'est du numérique ou du réel [edit : c'est du numérique !].
J'avoue que j'ai aussi un petit faible pour cette demoiselle, qui me rappelle joliement laYoko Tsuno de mon enfance...
Le baril de Brent est à 130.14€
Aung San Suu Kyi est assignée en résidence
Nicolas Sarkozy est toujours président de la république et Brice Hortefeux toujours ministre.
Mon salaire est tellement bas que c'est tout juste si c'est pas moi qui paye mon patron..
Ma bagnole est moche.
Je ne ressemble pas à Johnny Depp.
Le très funky Benoît XVI est toujours pape.
Le pouvoir d'achat, je peux pas.
Je crois que c'est Lautréamont qui a écrit (je n'en suis pas sûr mais on va faire comme si parce que ça me fatigue de chercher) que la poésie
devait êtrecomme la rencontre fortuite sur une table de dissection
d'une machine à coudre et d'un parapluie. En tout cas, c'est ce qui m'est venu à l'esprit en regardant ça :
Depuis des mois et des mois, je tente d'expliquer à mon aîné qu'il existe une différence entre fiction et réalité. Que les monstres, les voitures qui parlent, Bob l'éponge, les pingoins qui font
des claquettes et les super-héros sont des êtres de fiction qui n'existent que dans notre imagination ou, au pire, à la télé, au cinoche et dans les livres.
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