Jeudi 15 novembre 2007 4 15 /11 /Nov /2007 10:01
Pornographie.jpg Ce billet fait (modestement) suite à celui de Francis Pisani recensant plusieurs articles s'étonnant du retard technologique des sites pornographiques, pourtant à la pointe du progrès il y a peu encore, qui semblent refuser le Web 2.0

Ce que la pornographie véhicule, c’est une virtualisation du sexe. Par projection, on “se” voit faisant l’amour, ce qui dans la réalité et sans aide extérieure (caméra, appareil photo, …) est impossible. Le serait-ce que cette représentation, généralement liée à la sphère intime ne serait toujours pas de la pornographie, puisque c'est de soi qu'il s'agit là. De cette virtualisation découle une “fantasmologie” extrêmement codifiée et répétitive : domination, violence, instrumentalisation du partenaire, jouissance sans complexe, oubli total de l’autre paradoxalement lié à l'assurance que la partenaire est comblée (elles jouissent toute, ces chiennes !)… Un catalogue restreint de situations dans lesquelles le client/spectateur aime à se projeter. C’est d’ailleurs en cela que ce dernier n’est pas voyeur mais tient sa place consciente de spectateur. Il participe d’un système déréalisé, codifié et clos dans quoi il peut se projeter en toute sécurité ; car vous l’aurez remarqué, le porno peut déranger, mais il n’inquiète jamais. Les tentatives d’ouvertures à l’interactivité ne peuvent être en ce cas qu’un jeu de dupes consentants. L’hôtesse du service webcam (par exemple) est rétribuée pour le rôle qu’elle joue et son spectateur/client le sait bien et l’admet en passant – via le paiement de la prestation - un contrat tacite qui les lie. Les deux jouent donc un rôle, ils simulent, en toute conscience.

 

Le passage à des pratiques 2.0 suppose donc que les deux (au moins !) protagonistes de l’affaire fassent preuve d’un minimum de sincérité dans leur interaction, ce qui me semble difficilement envisageable si on en reste la définition que j’ai tenté de donner plus haut.

 

Il semble cependant exister des espaces plus restreints, dédiées à des communautés sexuelles alternatives, qui autorisent une plus grande interactivité. L’effet tribu sans doute. Les furries, les amis du latex, fans de combinaisons gonflables et autres urolâtres ont leurs lieux d’échanges sur le web. Le faible nombre de participants, la réprobation sociale que suscite généralement leur pratique (oseriez-vous annoncer à votre meilleur ami que vous aimez être sodomisé déguisé en lapin Duracell ?) et l’essence secrète des ces pratiques créent un effet de chapelle - avec tout ce que cela suppose de secrets, d’initiation de rites et de codes - plus propice à l’échange et à la collaboration que ne le sera jamais la pornographie de grande consommation, vouée au plus petit commun dénominateur pour des raisons d’économie.

 

Pour l’anecdote, on m’a raconté un jour l’histoire d’un fort respectable project manager qui avait eu l’idée d’un site porno collaboratif, en partie gratuit, dont le modèle économique se basait sur l’accès payant à des fonctions avancées (chat, webcams entre amateurs, …) ou à des sites payants plus hards, plus quelques bannières publicitaires pour des confrères ou des marchands d’accessoires spécialisés. Il a pour cela fait développer une plateforme qui permettait aux utilisateurs – des couples échangistes, en l’occurrence - de créer un compte et de poster, sur un espace dédiée et accessible à tous, des textes, des images et des vidéos à des fins de rencontres concrètes.

 

L’objet a été développé mais n’a jamais trouvé son modèle économique. D’une part, parce que les contributions des membres (si j’ose dire) se sont avérées si « osées » qu’elles offraient aux visiteurs tout ce que proposaient les services payants, d’autre part parce que le développement des messageries instantanées et de leurs fonctions vidéo a squeezé son offre de « services plus ». La première réaction de l’entrepreneur a été de modérer les contributions les plus crues afin d’obliger les visiteurs à payer pour en voir plus. Las, la fréquentation du site a immédiatement chuté et pire encore, le nombre de contributions a suivi en dégringolant de concert. Toutes les tentatives de réglages du curseur entre érotisme et pornographie se sont révélées vaines et l’affaire a finalement capoté.

 

Rassurez vous, notre entreprenaute, dépité mais toujours audacieux, a redéployé son moteur logiciel dans une plate-forme collaborative de fans de cuisine qui, elle, fonctionne très bien et lui paie ses vacances aux Maldives.

 
Cela se passait en 2000. Fin de l’histoire du premier site de cul 2.0
 

L’industrie pornographie doit encore inventer un modèle comportemental qui pourrait intégrer les désirs du client dans la génération du contenu, mettre ce dernier au centre de ses préoccupations et sortir de ce modèle « catalogue de fantasmes sous vide » qui semble avoir fait son temps.

 
Publié dans : Bits and sense
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Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /Nov /2007 10:03

Rosebud.jpg L'autre jour, en farfouillant sur archive.org, je me suis demandé si la Grande mémoire du Web avait gardé trace de mes précédents avatars numériques, et, avec pas mal d'émotion, j'ai retrouvé ça...

C'est un peu comme quand, en rangeant ton grenier, tu tombes sur ton premier vélo sans les petites roues sur le côté...

Publié dans : ' sounds good
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Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /Nov /2007 16:35
Elephant-Vialatte.jpg Alexandre Vialatte - que le dieu des bougnats ait son âme - à écrit un jour : "l'éléphant est irréfutable". Certes mais le diplodocus aussi, le fut en son temps. Et pourtant...

Ceci dit, je ne saurais trop vous conseiller la lecture des chroniques de Vialatte - obligeament publiées en leur temps, en poche et en plusieurs petits volumes1 par Pocket ; épuisées depuis et rééditées dans la collection Bouquins, chez Laffont, dans un format et sous une reliure molle qui les rend impropres à toute manipulation, ce qui a le don de m'agacer, mais alors à un point... Mais je m'égare - lorsque vous vous rendez au toilettes. Outre le format bref dont le temps de lecture est à peu près équivalent à celui nécessaire à votre popo, il me semble que la prose concentrée de Vialatte recèle des vertus défécatoires qui, si je venais à les démontrer, me vaudraient sur le champ un Ignobel plaqué or.

Et c'est ainsi qu'Allah est grand.



(1) Vous aurez bien sûr noté ici la présence virtuose d'un époustouflant double zeugma qui, moi-même, me laisse plutôt pantois !
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Lundi 12 novembre 2007 1 12 /11 /Nov /2007 18:58
9782913406599.jpg Hervé Le Corre, Trois de chutes, Pleine page / Ours Polar / éditeurs.

La Sérié Noire a changé. Quittant ses oripeaux populaires, son format de poche et son papier qu’on eût dit pelure, elle a grossi, grandi et s’apparente désormais au commun des polars de grand format. Sa production reste d’excellente qualité, tant dans la fidélité à certains auteurs que dans la découverte de nouveaux fétiches : le suédois Jo Nesbo et l’irlandais Ken Bruen sont là pour en témoigner. Malheureusement, ces changements éditoriaux ont fait quelques victimes parmi lesquelles figurent les trois premiers romans du bordelais Hervé Le Corre : La douleur des morts, Du sable dans la bouche et Les effarés n’ont pas trouvé un public suffisant pour connaître une édition de poche dans la collection Folio Noir mais ils se sont pourtant assez bien vendu pour «épuiser » leur tirage original. D’où cette paradoxale conséquence : ces livres sont devenus introuvables.

Il faut donc rendre ici hommage à une association d’éditeurs, Pleine page et l’Ours polar, d’avoir réuni ces trois volumes en un seul et de permettre ainsi aux plus jeunes ou aux moins avertis de découvrir les romans de formation du désormais célèbre auteur de L’homme aux lèvres de saphir.

La douleur des morts, récit de la vengeance d'un père, laisse déjà deviner l’auteur confirmé. Du Sable dans la bouche installe dans un Bordeaux gris et pluvieux, une femme, au lourd passé engagé, aux prises avec des fantômes qu’un policier voudrait réveiller. Quand aux Effarés, c’est le Bacalan de la Cité Lumineuse qu’il recrée, ses vieux qui ressassent, ses jeunes qui s’ennuient et tout un peuple d’employés, d’habitants et de passants et de putes. Pendant ce temps là, coule la Garonne et les corps qu’elle emporte…

Sur des trames classiques droit venues du néopolar, Le Corre a, dès ses débuts, eut l’art d’installer des ambiances, de ciseler des décors et d’y faire entrer des personnages crédibles et émouvants. Pour ceux qui connaissaient ces trois titres, L’homme aux lèvres de saphir ne fut donc pas une révélation mais plutôt le résultat d’une longue maturation, d’années de travail combinées à une qualité de regard sur le monde et ses êtres qui n’appartiennent qu’à lui.

 

mendelsohn.jpg Daniel Mendelsohn, Les Disparus, Flammarion

Il est fort difficile de résumer ici en quelques lignes les 650 pages de ce récit. Disons que pour Daniel Mendelsohn, tout a commencé lorsqu’enfant, il arrivait que sa seule apparition plongeât les membres les plus âgés de sa famille dans une tristesse proche des larmes. Une ressemblance physique trop frappante pour être ignorée avec quelque membre de son ascendance disparue en Pologne lors de la seconde guerre mondiale. S’ensuivait alors des conversations en yiddish, à voix basse dont l’enfant ne saisissait que quelques bribes. Ce n’est que plus tard, en se remémorant ces instants, que l’enfant devenu homme s’enquerra du destin des siens, disparus dans la nuit de l’Histoire. S’ensuit alors une longue quête, faite d’informations patiemment recherchées, de voyages aux quatre coins du monde à la recherche des rares juifs survivants de Bolechow, d’interviews patiemment recoupées, de fausses nouvelles et de vraies rumeurs ; le tout dans le seul but de savoir ce qu’il est réellement advenu de l’oncle Shmiel, de sa femme et de leurs quatre jolies filles, écartant le rideau d’une Histoire mémorielle faite de chiffres, d’archives et d’écrits savants. La question n’est plus « comment sont-ils morts ?» mais « comment ont-ils vécus ? ». Daniel Mendelsohn réinvente dans ce magnifique récit le souvenir de la Shoah, tant en hommage à ses aïeux disparus que par devoir envers lui-même et ses frères et sœurs. Parce qu’au bout du compte, si ardue que soit la quête, il est bon de savoir d’où on vient pour dire qui on est.


reinhardt.jpg Eric Reinhardt, Cendrillon, Stock

Je ne sais pas si la petite histoire littéraire – la toute petite, celle des couloirs des rédactions - retiendra de Cendrillon d’Eric Reinhardt qu’il fut le grand oublié des prix de l’automne 2007. Si ce n’est le cas, c’est en tout cas ma conviction.

Ce dont il s’agit ici, c’est de faire en un saisissant raccourci une histoire universelle de la violence sociale et de l’humiliation.

On voit, dans ce long et dense roman, l’auteur plongé dans le ravissement des journées automnales, qu’en fan prosélyte il vante dans de belles pages. On y voit aussi à l’œuvre trois biographies : un trader trop ambitieux, un obsédé sexuel et l’enfant d’un père suicidé. Cela est bien écrit, certes, mais la littérature a déjà traité de cela. Alors où est donc la nouveauté ? Outre l’incomparable brio littéraire d’Eric Reinhardt qui met au service de sa narration un inouï talent de styliste, il apparaît bientôt que l’auteur et ses trois personnages ne forment en réalité qu’une seule personne : Eric Reinhardt, celui qu’il est aujourd’hui et ceux qu’il aurait pu être s’il n’avait su se sauver de la malédiction en refusant, grâce au roman, d’entrer dans un système revanchard qui l’aurait certainement contraint, lui comme beaucoup d’autres, aux mêmes humiliations et au même implacable devoir de violence. L’automne comme une renaissance, l’écriture comme sacre rédempteur : si la littérature ne sert pas à cela, on se demande à quoi.

Image : L’écrivain Eric Reinhardt photographié à Paris en août 2004 © Jean-Luc Bertini 
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Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 10:07
iphone-girl.jpg De récents articles sur les nouvelles plateformes semblent annoncer un virage dans l'usage des outils d'accès aux TIC, en particulier le début d'une véritable convergence vers des outils mobiles et légers.

En ce qui concerne la France, j'ai plusieurs questions à l'esprit.

Qu'en sera-t-il de la bande passante nécessaire pour un accès fluide à d'éventuels services en ligne pour les utilisateurs de ces nouveaux outils ? Les infrastructures (serveurs, relais, etc.) sont-elle d'ors et déjà compatibles avec une forte demande des utilisateurs ?

On voit, à travers le succès de l'iPhone et l'engagement de Google dans la mise à disposition d'un nouvel OS pour les mobiles, apparaître des plate-formes pleines de promesses. mais l'iPhone n'est pas "3G+ compliant" et Android attend encore ses applis (à moins qu'elles n'aient déjà été développées en secret). A quelle échéance peut on envisager une offre logicielle suffisante pour assurer un succès durable à ces outils ? Il semble y avoir un besoin cruel d'interfaces ergonomiques et pensées réellement pour les tels mobiles, non pas de simples adaptations d'outils existants mais de vraies créations. C'est à cette seule condition qu'on peut envisager de parler de convergence et doter les utilisateurs d'une vraie base d'accès à des services dématerialisés.

Quand à l'iPhone chez Orange, j'attends de voir l'offre, les services proposés et leur usage...

Sinon, il est très joli.
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