Bon, et bien il va falloir s'y mettre.
J'ai refait les peintures, mis une nouvelle bannière de très bon goût (oui, je sais, mais moi, j'adore !) et j'ai acheté un nom de domaine. Donc, les quelques uns parmi vous qui étaient abonnés aux
fils RSS ou ceux qui avaient bookmarké ce blog, mettez vos tablettes à jour. Maintenant, ici, c'est http://www.ledepassionne.com. Je n'ai plus qu'à me mettre au boulot pour publier plus souvent et
le tour sera joué.
Il y a des blogs que je visite tous les jours. Pas besoin de flux RSS, il est désormais dans mes habitudes aux petites heures du matin, tasse
de thé en main, d'aller visiter un certain nombre de lieux amis, histoire de m'éveiller les neurones en douceur. Bien sûr, certains ont disparu de ma toplist, comme Ron l'infirmier dont
l'invraisemblable melon a fini par me fatiguer. Tout commence donc par Pierre Assouline et Francis Pisani.Le bleu du ciela aussi droit à ma visite quotidienne, un peu plus tard parce que le désespoir
nonchalant de Nicolas est parfois un peu plombant. Mon côté latin sûrement, m'empêche d'avoir la même élégance dans la tristesse. Puis vientBoring, un des blogs les plus inutiles au monde -
on dirait une vidéo de jeunesse de Pierrick Sorrin ;CatholicgauzeetStrange mapspour la géographie (en bon paranoïaque, j'adore les schémas qui permettent de tout comprendre d'un coup) et enfinEolas.
Eolas a depuis toujours mes faveurs et n'est pas prêt de les perdre. Sa clarté de vue, son sens de la pédagogie m'ont toujours impressionné comme la qualité de son écriture qui sait si bien mêler
élégance, précision et nonchalance, dans des proportions parfaites. Un parfait gentleman en somme avec ce qu'il faut de morgue et de conscience de sa propre valeur pour tenir le quidam à distance
sans toutefois l'effrayer. On reste devant ce puits de science juridique, un peu intimidé et reconnaissant. Tout au plus regretterai-je un certain manque de calme dans la contradiction qui lui
fait parfois préférer le mépris à la patience dans certaines des discussions qui suivent ses posts, mais quand on a près de 100 commentaires à chaque billet, on peut le comprendre.
Tout ceci pour dire l'estime que je porte à ce Monsieur et le respect que j'ai pour sa mission blogosphérique.
Jeudi dernier, Maître Eolas a donc publié un fort judicieux commentaire sur l'arrêt rendu par la cour de cassation dans l'affaire Alapage ; arrêt qui cassait celui précédemment rendu par la cour
d'appel et qui tendait à exonérer Alapage de tout tort dans une complexe accusation de contravention à la loi Lang de 1981 sur le prix du livre. Par rebond, cet arrêt remettait aussi en cause le
jugement qui quelques semaines auparavant condamnait Amazon pour à peu près les mêmes motifs (en gros hein : je ne suis pas juriste et il me semble que les attendus des deux jugements ne sont pas
exactement identiques. Mais le fait est que, même si les arguments de droit diffèrent, l'on a toujours affaire au SLF, syndicat majoritaire des libraires français, contre des libraires en ligne
qui pratiquent les frais de ports gratuits et la réduction de 5% systématique, ce que ledit SLF considère comme de la concurrence déloyale).
L'article de Maître Eolas, que vous pouvez lire ici, a eu le mérite, outre de
proposer une synthèse explicative idéale, de me faire réfléchir sur les tenants et aboutissants de ces manœuvres juridiques qui, à mon sens, dissimulent pour le moment les profonds
bouleversements qui vont s'opérer dans toute la chaîne du livre, de l'écriture à la lecture en passant par l'édition, la fabrication et la distribution.
J'avoue que mon plaisir à toutefois été gâché par quelques piques à propos de l'utilité de la Loi Lang que je trouvai aussi infondées qu'inutiles. L'emploi du temps d'un avocat doit être ainsi
fait qu'il ne peut parfois pas prendre le temps de se relire et de modérer son propos, je suppose. Je me suis quand même permis une réponse (en plusieurs années de lectures passionnées, j'ai dû
poster trois commentaires sur ce blog) dont je vous livre ici la copie, fautes d'orthographe comprises...).
Bonjour Maître,
Une petite question me taraude depuis que j'ai lu votre compte rendu de l'affaire Amazon [lapsus, c'est Alapage].
A terme, et compte tenu des récentes dispositions sur les responsabilités du vendeur en ligne, le fait que le juge semble étendre les obligations du contrat jusqu'à la livraison de l'objet ne
signifie-t-il pas que les commerçants en ligne, dont la responsabilité s'arrête aujourd'hui à la remise du colis au transporteur (ou à La Poste), devront s'engager à ce que le colis soit bien
livré à la bonne personne ? Cela impliquera certainement des frais supplémentaires (garanties, assurances, services) à la charge du commerçant qui, de fait, sera obligé, passé un certain montant,
de les répercuter sur les prix de vente.
Certains des commentateurs de ce billets ont mentionné des "remises éditeurs" (la marge du libraire) avoisinant les 50%. Pour avoir un temps œuvré dans l'édition, je doute que les marges des
éditeurs, même s'ils possèdent leur propre structure de distribution soient à ce point extensibles que les grands libraires en ligne puissent sans dommages faire reposer toute la pression
financière sur leurs fournisseurs. Il faudra donc, qu'atteint un seuil critique, le client prenne en charge une partie au moins du prix de ce service.
Exit donc les frais de port 100% gratuits.
D'autre part, j'ai trouvé votre commentaire de ce jugement d'une extrême clarté et d'une grande pertinence. Il m'a par exemple bien plus appris sur ses conséquences possibles que toutes les
consultations des forums professionnels. Toutefois, mon plaisir à vous lire a un peu été gâché par vos commentaires, vains et peu informés, sur la loi Lang et son utilité.
Il existe en effet en France un tissu fort dense - bien qu'un peu plus mité chaque jour - de librairies indépendantes, grandes ou petites, qui doivent essentiellement leur survie à cette loi. En
interdisant toute possibilité de dumping commercial d'une part et en protégeant la diversité éditoriale française d'autre part, cette loi à contribué à maintenir une qualité d'offre bien rare en
ce monde. Elle a également participé au renouveau d'une génération de libraires au cours des années 80 qui produit aujourd'hui ce qui se peut faire de mieux en l'espèce. Je vous invite, si vous
désirez approfondir la question, à contacter Henri Martin (La Machine à Lire) à Bordeaux, Christian Torrel (Ombres Blanches) à Toulouse, Josette Vial (Librairie Compagnie) à Paris ou ces
libraires des Arbre(s) à Lettres, qui savent depuis longtemps gérer avec rigueur des librairies de création à la rentabilité plus qu'aléatoire. Ces librairies mêlent fort souvent des fonds
spécialisés à un stock plus grand public qui leur permet de voir se mélanger clientèle de quartier et clients plus "intellos" ; elles ont également un important rôle social : organisation de
rencontres littéraires, lectures et festivals, etc...
En parallèle au dispositif légal, a également été mis en place un ensemble de dispositifs : Direction du livre et de la lecture, délégations du livre dans les DRAC, création par un groupe de
libraires et d'éditeurs de l'ADELC (association interprofessionnelle), création des agences régionales du livre, etc. qui, en proposant aides financières et techniques aux libraires et aux
éditeurs en région, ont permis à ceux-ci de se professionnaliser, augmentant ainsi les chances de survie de leurs commerces. Ces aides ont également créé certains devoirs des libraires à l'égard
de la communauté (voir le rôle social et culturel que je développais plus haut).
Voilà. J'espère que ces quelques [opinions] auront, un temps du moins, retenu votre attention et vous ferons mieux comprendre une situation qui ne peut pas être envisagée uniquement du simple
point de vue du client.
PS. Je tiens la Griffe Noire pour ce qui se fait de pire dans le terrorisme livresque militant. Dommage ;-)
Pour aller un peu plus loin dans ces propos, il faudrait envisager ce problème comme un micro événement dans ce tourbillon qui est en train
d'emporter le monde du livre. J'envisage donc de publier quelques billets sur ce sujet qui feront un succinct état de lieux et étudieront les quelques pistes que proposent les nouveaux modes de
transmission d'informations et de dématérialisation des contenus. Les moins concerné d'entre vous y trouveront peut-être quelques éléments intéressants ; ceux que cela intéresse pourront
commenter ces posts et m'aider à clarifier certains points. Quand à moi, l'exercice, je l'espère, me sera profitable et m'aidera à formaliser mes idées et à remettre cette question en
perspective, il est bien temps.
Merci donc à Maître Eolas, pour son encouragement involontaire et à bientôt.
Illustration : La nébuleuse Amazon visualisée surTouchgraph.com
Parfois les semaines commencent mal, parfois non...
Ce matin, j'ai gagné deux euros à l'Euromillion (pour une mise de 12...), j'ai pensé à regarder mes mails avant l'arrivée de mon patron ce qui m'a donné l'air d'être à jour, et en checkant mes fils
RSS, j'ai vu que Arrêts de jeu avait été mis à jour.
Ca se fête, non ?
Bon, et là je vais déjeuner et vous allez voir qu'il y aura de la place au restau...
Tiger got to hunt, bird got to fly ; Man got to sit and wonder : 'Why, why, why ?' Tiger got to sleep, bird got to land ; Man got to tell himself he understand.
- Kurt Vonnegut
Désolé pour l'absence : je rentre juste de congé paternité et je n'ai vraiment pas eu beaucoup de temps pour
poster. Pis de toutes façons, j'avais pas Internet...
Cliquez sur l'image et laisssez l'animation se charger.
Cliquez ensuite sur l'écran et, en montant ou en abaissant votre pointeur, naviguez...
Bon voyage
Après 10 jours loin de tout clavier, mon retour aux affaires devait se faire en fanfare. Cette semaine et demie de congés a été mise à profit pour
réfléchir à plusieurs sujets importants dont celui-ci : un hippopotame peut-il manger un nain ?
La réponse est oui.
A une date indéterminée, il semble qu'un nain, artiste autrichien employé par un cirque thaïlandais, a, au cours d'un numéro, malencontreusement
manqué son aterrissage sur un trampoline pour tomber tout droit dans la gueule d'une dame hippo qui attendait son entrée sur la piste. L'animal n'a rien fait pour attaquer l'homme, il baillait.
L'animal n'a rien fait non plus pour le recracher. Exit le nain.
Le millier de spectateurs présent au cours de la représentation a cru qu'il s'agissait du clou du spectacle et a chaleureusement applaudi l'animal et
l'intrépide acrobate.
La police ne semble déceler aucune préméditation chez l'animal. Elle a toutefois saisi le trampoline pour expertises, on ne saurait être trop
prudent.
Le nain s'appelait Od ; la dame hippopotame, Hilda.
C'est joli Hilda.
De fait, cette histoire est un hoax apparu, en 1990, avant l'ère internet, donc, dans un journal anglais. Ce journal, sans citer de source connue,
contait la terrible et drôlatique histoire d'Hilda et Od et sa fin gastrique. Selon Snopes.com, l'histoire serait la combinaison d'un fait divers réel, un hippo échappé d'un camion qui aurait
erré sur une autoroute anglaise durant plusieurs heures (c'était une femelle, elle s'appelait Hilda, elle n'a pas supporté le stress de sa capture, elle est morte, il n'y avait pas de nain) et
l'imagination débordante des pisse-copies collés à leur chaise du très inestimable News Of The World.
Sa publication en ligne daterait de 1994, année où la nouvelle fut postée sur un newsgroup USENET. On vit ensuite le hoax ressurgir périodiquement
jusqu'en 1999 où un journal thaïlandais, le Pattaya Mail,le reprit et le crédibilisa en cristallisant la légende et ses éléments. Nous avons donc un nain autrichien trampoliniste, un hippopotame
femmelle nommé Hilda (Hippopotamus amphibius), une chute, une gueule ouverte, une déglutition réflexe, un mort, des applaudissements, une enquête de police. Tout ceci donne un corps cohérent à
l'histoire et renforce sa crédibilité. En outre, qui sait à quoi ressemble un nain autrichien trampoliniste ? Qui a une idée de la taille de la gueule d'une hippopodame ? la déglutition est-elle
un réflèxe chez ces bestioles ? Trop de questions sans réponse... Il est plus simple de croire la légende.
Le second fait amusant est que la publication de ce hoax dans un journal thaï a créé un regain d'intérêt pour cette histoire qui, d'île en île, de
continent en continent s'est propagée au monde entier, appuyant toujours sa véracité sur l'article du Pattaya Mail - on trouve effectivement trace de cet article dans une rubrique d'humour
(ici). Et la voilà qui ressurgit sur Internet.
Nous avons donc un hoax qui débute sur du papier, renaît en ligne quelques temps après, ressucite en colonne, ce qui lui donne une nouvelle
crédibilité, et se propage à nouveau par Internet. Conclusion, le travail sur la crédibilité des sources en ligne et leur vérification ne fait que commencer.
Quelques liens (quand même...) : Hippo eats dwarf sur snopes.com Hippo eats dwarf sur Museum of hoax La même sur urbanlegends.com
En 2006, Stop Animal genocid a
rapporté l'histoire pour vraie, certains commentateur de la nouvelle s'inquiétant de la santé de la bestiole.
Et, bien sûr, l'article de Pattaya Mail (scroller jusqu'à la rubrique Grapevine).
Un peu fainéant, je republie ici un commentaire que j'ai laissé sur le
carnet en ligne de Lekti-ecriture à propos de
la lettre que Mr. Xavier Garambois, Directeur général d'Amazon.fr a envoyé le week-end dernier à ses clients. Les réactions à ce courriel furent nombreuses. Mr Garambois, que fort peu de gens
connaissaient alors, semble être devenu l'ange maudit de la librairie française, le bras armé de l'hydre numérique mondialiste et normative. Cela mérite
réflexion...
Etant un acheteur régulier de livres sur Amazon - surtout dans leur catalogue anglo-saxon - où je trouve peu ou prou tout ce que je cherche, je comprends la position
de Xavier Garambois, il est vrai quelque peu démagogique et manquant considérablement de finesse. Sa lettre, que j'ai bien évidement reçue, m'amène à formuler quelques réflexions.
Les libraires traditionnels sont aujourd'hui en train de négocier un tournant crucial dans leur histoire. Face à des librairies en ligne qui n'envisagent le livre qu'en tant qu'élément d'un flux
à gérer, mettant à cette fin en place d'imposant systèmes de gestion informatique des approvisionnements (amazon.fr possèderait dans ses stocks moins de 20% des titres qu'ils proposent à leur
catalogue, il en irait de même pour la FNAC), ces libraires sont donc pénalisés par des stocks lourds, tant sur le plan physique qu'économique. Les libraires en ligne sont parvenus en quelques
années à créer un système qui leur offre une grande souplesse de gestion. Malheureusement, une curieuse loi physique à l'œuvre dans la grande distribution semble vouloir que toute flexibilité
gagnée d'un côté se traduise par une augmentation des contraintes dans un autre secteur. Et ce sont les éditeurs qui en font les frais. Vous relevez justement dans votre billet les contraintes
financières qu'impose Amazon aux petits éditeurs. En ce cas, il serait peut-être souhaitable que fut créée une structure de diffusion à l'image de ce que Calibre propose dans le domaine de la
distribution. C'est peut-être un peu naïf de ma part, mais il me semble que si 20 petits éditeurs, représentant individuellement 0.1% du CA livres d'Amazon se regroupaient pour négocier leur
remise avec les grands distributeurs en ligne, ils auraient un poids (2%) tout autre lors des négociations.
D'autre part, la position des libraires classiques et des petits éditeurs ne me semble pas
forcément pertinente. Le SLF et une certaine frange des membres du SNE (ceux qui ont le plus à perdre dans l'opération) s'accroche à une loi
cadre qui date de vingt-cinq ans et dons les récents aménagements n'ont pas pris en compte la "révolution" numérique. je ne suis pas certain que ce soit en empêchant les autres d'avancer que l'on
progresse soi-même. J'ai même l'impression que tout ce petit monde va un jour ou l'autre se retrouver seul sur la route, contemplant au loin le nuage de poussière des grands mastodontes du
marché, s'éloignant inexorablement.
La deuxième réflexion me vient des propos d'un quelconque responsable de la FNAC en ligne qui avouait à Livres Hebdo souhaiter que la condamnation d'Alapage créât une jurisprudence, permettant
ainsi à son enseigne de se retirer du jeu fort couteux des frais de port gratuits. Les coûts de transport étant à nouveaux endossés par le client, la FNAC verrait alors ses marges augmenter et
cela pourrait alléger la pression sur les éditeurs. Sauf que ce monsieur ne mentionnait pas deux éléments déterminants dans son hypothèse : les actionnaires de la FNAC se foutent bien des petits
éditeurs, ils veulent de la marge. Ces points de bénéfice ainsi gagnés ne soulageraient pas la pression sur les éditeurs, ils augmenteraient simplement le résultat net de l'entreprise et la
rendraient plus rentable. Second point, pour jouer à un jeu, il faut que tout le monde respecte les mêmes règles. Hors, comme je l'ai mentionné plus haut, les grands marchands en ligne
peuvent, s'ils le désirent et à moindre frais, s'affranchir de ces règles. Si amazon.fr se voit contraint à respecter ce qui pourrait s'appeler la jurisprudence Alapage, qu'est-ce qui
l'empêcherait de déplacer son activité vers la Grande Bretagne ou le Bénélux. Amazon.co.uk ou Amazon.be serviraient alors de plateforme de distribution vers la Métropole, sous droit belge ou
anglais et se verraient dispensés d'observer les règles françaises. Les sommes en jeu sont telles pour ces grands libraires que les coûts engendrés par une refonte de leur système logistique en
deviennent acceptables. Souvenez vous que seulement 20% de leur offre se trouve stockées dans leurs entrepôts...
Comme je le disais plus haut, nous entrons dans une zone de grandes turbulences ou toute la chaîne du livre, de l'auteur au lecteur, va devoir repenser son rôle dans un système de diffusion des
savoirs de plus en plus ouvert. Les Grenelles de ceci ou de cela sont en ce moment à la mode, il me semble urgent de réserver une place à un prochain Grenelle du livre qui permettrait un vrai
débat et une mise à plat des rapports éditeurs/diffuseurs/libraires/libraires en ligne. Je crains que si nous avérons incapables d'entamer cette réflexion, si pénible puisse-t-elle se révéler,
d'autres le feront à notre place, et en notre défaveur.
Depuis longtemps, je
me méfie des révolutions annoncées.
Il se trouve une quantité phénoménale d'autoproclamés experts en nouvelles technologies qui clament à longueur de temps l'avènement d'une société 2.0, interactive, partageuse et généreuse. Une
société contributive et ouverte qui ne jauge ses membres qu'à l'aune de la qualité de leurs apports, sans distinction de sexe, de race, d'origine sociale ou de titres académiques. Avec une
perspicacité digne de piliers du café du commerce, le jargon techno en plus, ils décortiquent le moindre lancement de nouveauté, la moindre annonce, appelant de leurs voeux un toujours plus vite,
toujours plus haut, espérant toujours, toujours déçus.
Et j'attends.
Je m'intéresse, par force, à ces changements puisqu'on me dit et me répète qu'ils sont les germes du monde futur. Je vais sur les plateformes 2.0, je me connecte, m'inscris, regarde, lis,
visionne, commente. En un mot, je participe au participatif.
Youtube.
L'idée de génie. Une coquille vide qu'on emplit de rebuts vidéos inutiles pour exposer - la plupart du temps- sa propre intimité, ses ridicules, sa prétention à faire du sens avec du de rien.
Outre les lancinantes et maladroites démonstrations de Tektonik, les imitations de Britney Spears, les Hip-hop battles filmées au portable, les vidéoclips déjà visibles sur les chaînes satellites
et les resucées de Vidéo-gag, on y trouve quelques travaux de neostars, quelques documents intéressants pour les maniaques dans mon genre (Ducatis anciennes, danseurs de claquettes, joueurs de
ukulélé, ...oui, je sais, j'ai des goûts bizarres !) et de la pub, de la pub et encore de la pub. Une pub si convaincante qu'il ne me souvient pas avoir cliqué UNE SEULE FOIS sur un bandeau ou un
lien publicitaire. En outre, il se dit que cette colossale fréquentation a un prix. Et oui, mes amis, la bande passante, ça coûte du pognon ! Youtube dépenserait donc chaque année plus d'argent
en hébergement que ne lui rapporte son modèle économique basé sur la publicité. Sans parler des coûteux frais de maintenance et de surveillance des contenus destinés à lui éviter d'autres frais,
judiciaires ceux-là.
MySpace et FaceBook
J'avoue, j'avais quelque espoir en me connectant sur ces deux plateformes de social networking comme on dit au café du commerce d'en face le bureau.
Principe : vous vous enregistrez, vous décrivez (en marketing on dit qualifier), vous vous auto-taguez et vous cherchez des amis en fonction d'affinités électives ou professionnelles. Ca c'est le
niveau explicite. Passons maintenant à l'implicite.
Du côté de la plateforme, le but est clair est simple et c'est en gros le modèle dominant en cours depuis la création du web monétisable : vendre un public ciblé à des annonceurs
publicitaires. Qualifier des bases coûte cher ? Pas de problème, lancez un réseau social et c'est l'internaute lui-même qui va se charger du boulot. Il vient lui même s'inscrire, indique
son âge, sa profession, sa CSP, ses goûts, ses hobbies, ses dégoûts et ses rêves (en général, devenir une popstar intergalactique avec trois fichiers MP3 enregistrés dans ses chiottes ou Picasso
avec deux T-shirts en vente sur La Fraise). Et ce n'est pas tout, non seulement il se qualifie et se segmente lui-même, mais de plus, grâce à son réseau, il opère également par qualification
croisée et permet au marchand d'espace de resegmenter son panel : le Nirvana du publicitaire je vous dis !
Passons maintenant à l'utilisateur.
J'ai mis longtemps à comprendre le coeur du noeud du noyau du truc. Jusqu'à ce que je rachète en DVD un film des années 80 qui m'avait alors enchanté, Breakfast Club. Une sorte de teen-movie dépressif qui mettait en scène une poignée d'ados consignés un samedi de
printemps pour divers motifs tels qu'indiscipline, mauvais résultats scolaires, conduite suicidaire, addiction à l'informatique, encartementà l'UMP. Mais le
vrai problème de ces jeunes gens est ailleurs. Le vrai problème, celui qui les hante, c'est leur singularité. Et par conséquence, leur impopularité au sein du groupe. Et là, s'est fait jour un
ensemble de valeurs, une qualité ontologique essentielle dans la définition de l'Homo Amercanis tel que nous l'avalons sans même le mâcher : le premier devoir d'un adolescent, c'est d'être
populaire. Le premier devoir d'un myspacien ou d'un facebooker, c'est d'avoir un maximum d'amis et de tout mettre en oeuvre dans ce but. Peu importe que ces gens vous connaissent, apprécient un
rien de que vous faites ou vous rencontrent jamais dans la vraie vie, le but, c'est qu'ils cliquent sur accepter en recevant votre demande. A chaque fois que je lis ça, je pense
au lapin du conte qui va voir tous les animaux de la forêt et leur demande "Veux-tu être mon ami ?" ( En ce qui me concerne, je ne parle pas aux lapins). On sait depuis longtemps que les légendes
MySpaciennes de groupes découverts et signés par des majors à la simple écoute de trois fichiers en ligne ne sont que des légendes (les groupes sont en général déjà signés et le plan de com
comprend une page MySpace). On découvre aussi l'infinie vacuité du peuple qui hante ce monde idéal, une éternelle jeunesse légère et stupide, à l'hédonisme mononeuronal et aux élans aussi
durables qu'une connexion Wifi. La plupart des millions d'utilisateur de ces plateformes sont là pour rien. Ils sont là pour être là. Ils sont là parce que. Les quelques minutes par jour qu'ils
passent à consulter et reconsulter leur profil, à requérir des "Addings" sont des minutes prises à l'interminable ennui de leur jeunesse, à l'infinie vacuité de leurs soirées pétards, à
l'angoisse de leurs nuits. Facebook n'est qu'une version élitiste du même produit où le schéma se complique un peu. Il n'est pas seulement important d'avoir des amis, il faut également multiplier
les groupes, les recommandations, les interventions. Sans doute faut-il concevoir Facebook comme une version préprofessionnelle du réseau social ou on passe du vide sidéral des journées
adolescentes à celui d'un Power-Point sur la gestion des flux d'information dans une PME du secteur agro-alimentaire. Bienvenue dans ta vie d'adulte, petit.
Pour en finir avec l'utilisateur, on en lit clairement la niaiserie dans la pétition lancée contre la pub sur Facebook ces dernières semaines. Si j'ai bien compris, le web 2.0 c'est : tu bosses
et j'en profite ?
En conclusion, je vois bien le réseau, mais j'ai du mal à trouver le social.
Demain : iPhone et eBook sont dans un bateau...
PS. Y'a quand même des trucs bien sur MySpace : SoCalled
PPS. L'image illustrant l'article a été odieusement copiée sur le blog d'Aquitaine Europe Communication (même
pas honte).
Consultant les pâles statistiques de ce carnet en ligne, j'apprends avec surprise que quelqu'un - je ne sais pourquoi, une simple intuition, un pressentiment, mais je suis presque
certain qu'il est humain - est parvenu à ces pages depuis Google images en tapant "Sodomisé par un diplodocus"*.
Ami préhistozoophile, si tu me lis ECRIS-MOI. Dis moi tout de toi, confies-toi à moi. Je suis là, je peux t'entendre, je saurais te comprendre et je te le dis : tu n'es pas seul.
Viens...
(*)Note de la note : ce billet est illustré de la première image servie par cette recherche.
J'ai cherché dans le catalogue en ligne de la BNF, qui est bien mieux
qu'Amazon mais moins bien rangé et je n'ai pas trouvé la moindre mention d'un thriller intitulé Le Cruciverbiste. C'est quand même curieux. Non ?
Il ne reste donc plus qu'à l'écrire pour combler cette pitoyable - et je pèse mes mots - lacune.
Ce billet fait
(modestement) suite à celui de Francis Pisani recensant plusieurs
articles s'étonnant du retard technologique des sites pornographiques, pourtant à la pointe du progrès il y a peu encore, qui semblent refuser le Web 2.0
Ce que la pornographie véhicule, c’est une virtualisation du sexe. Par projection, on “se” voit faisant l’amour, ce qui dans la réalité et sans aide extérieure
(caméra, appareil photo, …) est impossible. Le serait-ce que cette représentation, généralement liée à la sphère intime ne serait toujours pas de la pornographie, puisque c'est de soi qu'il
s'agit là. De cette virtualisation découle une “fantasmologie” extrêmement codifiée et répétitive : domination, violence, instrumentalisation du partenaire, jouissance sans complexe, oubli total
de l’autre paradoxalement lié à l'assurance que la partenaire est comblée (elles jouissent toute, ces chiennes !)…
Un catalogue restreint de situations dans lesquelles le client/spectateur aime à se projeter. C’est d’ailleurs en cela que ce dernier n’est pas voyeur mais tient sa place consciente de
spectateur. Il participe d’un système déréalisé, codifié et clos dans quoi il peut se projeter en toute sécurité ; car vous l’aurez remarqué, le porno peut déranger, mais il n’inquiète jamais.
Les tentatives d’ouvertures à l’interactivité ne peuvent être en ce cas qu’un jeu de dupes consentants. L’hôtesse du service webcam (par exemple) est rétribuée pour le rôle qu’elle joue et son
spectateur/client le sait bien et l’admet en passant – via le paiement de la prestation - un contrat tacite qui les lie. Les deux jouent donc un rôle, ils simulent, en toute conscience.
Le passage à des pratiques 2.0 suppose donc que les deux (au moins !) protagonistes de l’affaire fassent preuve d’un minimum de sincérité dans leur interaction, ce
qui me semble difficilement envisageable si on en reste la définition que j’ai tenté de donner plus haut.
Il semble cependant exister des espaces plus restreints, dédiées à des communautés sexuelles alternatives, qui autorisent une plus grande interactivité. L’effet
tribu sans doute. Les furries, les amis du latex, fans de combinaisons gonflables et autres urolâtres ont leurs lieux d’échanges sur le web. Le faible nombre de
participants, la réprobation sociale que suscite généralement leur pratique (oseriez-vous annoncer à votre meilleur ami que vous aimez être sodomisé déguisé en lapin Duracell ?) et l’essence
secrète des ces pratiques créent un effet de chapelle - avec tout ce que cela suppose de secrets, d’initiation de rites et de codes - plus propice à l’échange et à la collaboration que ne le sera
jamais la pornographie de grande consommation, vouée au plus petit commun dénominateur pour des raisons d’économie.
Pour l’anecdote, on m’a raconté un jour l’histoire d’un fort respectable project manager qui avait eu l’idée d’un site porno collaboratif, en partie gratuit, dont le
modèle économique se basait sur l’accès payant à des fonctions avancées (chat, webcams entre amateurs, …) ou à des sites payants plus hards, plus quelques bannières publicitaires pour des
confrères ou des marchands d’accessoires spécialisés. Il a pour cela fait développer une plateforme qui permettait aux utilisateurs – des couples échangistes, en l’occurrence - de créer un compte
et de poster, sur un espace dédiée et accessible à tous, des textes, des images et des vidéos à des fins de rencontres concrètes.
L’objet a été développé mais n’a jamais trouvé son modèle économique. D’une part, parce que les contributions des membres (si j’ose dire) se sont avérées si
« osées » qu’elles offraient aux visiteurs tout ce que proposaient les services payants, d’autre part parce que le développement des messageries instantanées et de leurs fonctions vidéo
a squeezé son offre de « services plus ». La première réaction de l’entrepreneur a été de modérer les contributions les plus crues afin d’obliger les visiteurs à payer pour en voir
plus. Las, la fréquentation du site a immédiatement chuté et pire encore, le nombre de contributions a suivi en dégringolant de concert. Toutes les tentatives de réglages du curseur entre
érotisme et pornographie se sont révélées vaines et l’affaire a finalement capoté.
Rassurez vous, notre entreprenaute, dépité mais toujours audacieux, a redéployé son moteur logiciel dans une plate-forme collaborative de fans de cuisine qui, elle,
fonctionne très bien et lui paie ses vacances aux Maldives.
Cela se passait en 2000. Fin de l’histoire du premier site de cul 2.0
L’industrie pornographie doit encore inventer un modèle comportemental qui pourrait intégrer les désirs du client dans la génération du contenu, mettre ce dernier au
centre de ses préoccupations et sortir de ce modèle « catalogue de fantasmes sous vide » qui semble avoir fait son temps.
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