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Le Monde signalait hier soir que le compte YouTube (qui, on le sait, est la propriété de Google) de Wael Abbas (ici en photo), un jeune
journaliste égyptien, avait été fermé pour des raisons sur lesquelles la direction de l'hébergeur de vidéos de Tektonik se refuse - à l'heure où j'écris - à communiquer.
Un peu fainéant, je republie ici un commentaire que j'ai laissé sur le
carnet en ligne de Lekti-ecriture à propos de
la lettre que Mr. Xavier Garambois, Directeur général d'Amazon.fr a envoyé le week-end dernier à ses clients. Les réactions à ce courriel furent nombreuses. Mr Garambois, que fort peu de gens
connaissaient alors, semble être devenu l'ange maudit de la librairie française, le bras armé de l'hydre numérique mondialiste et normative. Cela mérite
réflexion...
Etant un acheteur régulier de livres sur Amazon - surtout dans leur catalogue anglo-saxon - où je trouve peu ou prou tout ce que je cherche, je comprends la position
de Xavier Garambois, il est vrai quelque peu démagogique et manquant considérablement de finesse. Sa lettre, que j'ai bien évidement reçue, m'amène à formuler quelques réflexions.
Les libraires traditionnels sont aujourd'hui en train de négocier un tournant crucial dans leur histoire. Face à des librairies en ligne qui n'envisagent le livre qu'en tant qu'élément d'un flux
à gérer, mettant à cette fin en place d'imposant systèmes de gestion informatique des approvisionnements (amazon.fr possèderait dans ses stocks moins de 20% des titres qu'ils proposent à leur
catalogue, il en irait de même pour la FNAC), ces libraires sont donc pénalisés par des stocks lourds, tant sur le plan physique qu'économique. Les libraires en ligne sont parvenus en quelques
années à créer un système qui leur offre une grande souplesse de gestion. Malheureusement, une curieuse loi physique à l'œuvre dans la grande distribution semble vouloir que toute flexibilité
gagnée d'un côté se traduise par une augmentation des contraintes dans un autre secteur. Et ce sont les éditeurs qui en font les frais. Vous relevez justement dans votre billet les contraintes
financières qu'impose Amazon aux petits éditeurs. En ce cas, il serait peut-être souhaitable que fut créée une structure de diffusion à l'image de ce que Calibre propose dans le domaine de la
distribution. C'est peut-être un peu naïf de ma part, mais il me semble que si 20 petits éditeurs, représentant individuellement 0.1% du CA livres d'Amazon se regroupaient pour négocier leur
remise avec les grands distributeurs en ligne, ils auraient un poids (2%) tout autre lors des négociations.
D'autre part, la position des libraires classiques et des petits éditeurs ne me semble pas
forcément pertinente. Le SLF et une certaine frange des membres du SNE (ceux qui ont le plus à perdre dans l'opération) s'accroche à une loi
cadre qui date de vingt-cinq ans et dons les récents aménagements n'ont pas pris en compte la "révolution" numérique. je ne suis pas certain que ce soit en empêchant les autres d'avancer que l'on
progresse soi-même. J'ai même l'impression que tout ce petit monde va un jour ou l'autre se retrouver seul sur la route, contemplant au loin le nuage de poussière des grands mastodontes du
marché, s'éloignant inexorablement.
La deuxième réflexion me vient des propos d'un quelconque responsable de la FNAC en ligne qui avouait à Livres Hebdo souhaiter que la condamnation d'Alapage créât une jurisprudence, permettant
ainsi à son enseigne de se retirer du jeu fort couteux des frais de port gratuits. Les coûts de transport étant à nouveaux endossés par le client, la FNAC verrait alors ses marges augmenter et
cela pourrait alléger la pression sur les éditeurs. Sauf que ce monsieur ne mentionnait pas deux éléments déterminants dans son hypothèse : les actionnaires de la FNAC se foutent bien des petits
éditeurs, ils veulent de la marge. Ces points de bénéfice ainsi gagnés ne soulageraient pas la pression sur les éditeurs, ils augmenteraient simplement le résultat net de l'entreprise et la
rendraient plus rentable. Second point, pour jouer à un jeu, il faut que tout le monde respecte les mêmes règles. Hors, comme je l'ai mentionné plus haut, les grands marchands en ligne
peuvent, s'ils le désirent et à moindre frais, s'affranchir de ces règles. Si amazon.fr se voit contraint à respecter ce qui pourrait s'appeler la jurisprudence Alapage, qu'est-ce qui
l'empêcherait de déplacer son activité vers la Grande Bretagne ou le Bénélux. Amazon.co.uk ou Amazon.be serviraient alors de plateforme de distribution vers la Métropole, sous droit belge ou
anglais et se verraient dispensés d'observer les règles françaises. Les sommes en jeu sont telles pour ces grands libraires que les coûts engendrés par une refonte de leur système logistique en
deviennent acceptables. Souvenez vous que seulement 20% de leur offre se trouve stockées dans leurs entrepôts...
Comme je le disais plus haut, nous entrons dans une zone de grandes turbulences ou toute la chaîne du livre, de l'auteur au lecteur, va devoir repenser son rôle dans un système de diffusion des
savoirs de plus en plus ouvert. Les Grenelles de ceci ou de cela sont en ce moment à la mode, il me semble urgent de réserver une place à un prochain Grenelle du livre qui permettrait un vrai
débat et une mise à plat des rapports éditeurs/diffuseurs/libraires/libraires en ligne. Je crains que si nous avérons incapables d'entamer cette réflexion, si pénible puisse-t-elle se révéler,
d'autres le feront à notre place, et en notre défaveur.
Encore un petit bout de ma jeunesse qui s'envole...
Depuis longtemps, je
me méfie des révolutions annoncées.
Il se trouve une quantité phénoménale d'autoproclamés experts en nouvelles technologies qui clament à longueur de temps l'avènement d'une société 2.0, interactive, partageuse et généreuse. Une
société contributive et ouverte qui ne jauge ses membres qu'à l'aune de la qualité de leurs apports, sans distinction de sexe, de race, d'origine sociale ou de titres académiques. Avec une
perspicacité digne de piliers du café du commerce, le jargon techno en plus, ils décortiquent le moindre lancement de nouveauté, la moindre annonce, appelant de leurs voeux un toujours plus vite,
toujours plus haut, espérant toujours, toujours déçus.
Et j'attends.
Je m'intéresse, par force, à ces changements puisqu'on me dit et me répète qu'ils sont les germes du monde futur. Je vais sur les plateformes 2.0, je me connecte, m'inscris, regarde, lis,
visionne, commente. En un mot, je participe au participatif.
Youtube.
L'idée de génie. Une coquille vide qu'on emplit de rebuts vidéos inutiles pour exposer - la plupart du temps- sa propre intimité, ses ridicules, sa prétention à faire du sens avec du de rien.
Outre les lancinantes et maladroites démonstrations de Tektonik, les imitations de Britney Spears, les Hip-hop battles filmées au portable, les vidéoclips déjà visibles sur les chaînes satellites
et les resucées de Vidéo-gag, on y trouve quelques travaux de neostars, quelques documents intéressants pour les maniaques dans mon genre (Ducatis anciennes, danseurs de claquettes, joueurs de
ukulélé, ...oui, je sais, j'ai des goûts bizarres !) et de la pub, de la pub et encore de la pub. Une pub si convaincante qu'il ne me souvient pas avoir cliqué UNE SEULE FOIS sur un bandeau ou un
lien publicitaire. En outre, il se dit que cette colossale fréquentation a un prix. Et oui, mes amis, la bande passante, ça coûte du pognon ! Youtube dépenserait donc chaque année plus d'argent
en hébergement que ne lui rapporte son modèle économique basé sur la publicité. Sans parler des coûteux frais de maintenance et de surveillance des contenus destinés à lui éviter d'autres frais,
judiciaires ceux-là.
MySpace et FaceBook
J'avoue, j'avais quelque espoir en me connectant sur ces deux plateformes de social networking comme on dit au café du commerce d'en face le bureau.
Principe : vous vous enregistrez, vous décrivez (en marketing on dit qualifier), vous vous auto-taguez et vous cherchez des amis en fonction d'affinités électives ou professionnelles. Ca c'est le
niveau explicite. Passons maintenant à l'implicite.
Du côté de la plateforme, le but est clair est simple et c'est en gros le modèle dominant en cours depuis la création du web monétisable : vendre un public ciblé à des annonceurs
publicitaires. Qualifier des bases coûte cher ? Pas de problème, lancez un réseau social et c'est l'internaute lui-même qui va se charger du boulot. Il vient lui même s'inscrire, indique
son âge, sa profession, sa CSP, ses goûts, ses hobbies, ses dégoûts et ses rêves (en général, devenir une popstar intergalactique avec trois fichiers MP3 enregistrés dans ses chiottes ou Picasso
avec deux T-shirts en vente sur La Fraise). Et ce n'est pas tout, non seulement il se qualifie et se segmente lui-même, mais de plus, grâce à son réseau, il opère également par qualification
croisée et permet au marchand d'espace de resegmenter son panel : le Nirvana du publicitaire je vous dis !
Passons maintenant à l'utilisateur.
J'ai mis longtemps à comprendre le coeur du noeud du noyau du truc. Jusqu'à ce que je rachète en DVD un film des années 80 qui m'avait alors enchanté, Breakfast Club. Une sorte de teen-movie dépressif qui mettait en scène une poignée d'ados consignés un samedi de
printemps pour divers motifs tels qu'indiscipline, mauvais résultats scolaires, conduite suicidaire, addiction à l'informatique, encartement à l'UMP. Mais le
vrai problème de ces jeunes gens est ailleurs. Le vrai problème, celui qui les hante, c'est leur singularité. Et par conséquence, leur impopularité au sein du groupe. Et là, s'est fait jour un
ensemble de valeurs, une qualité ontologique essentielle dans la définition de l'Homo Amercanis tel que nous l'avalons sans même le mâcher : le premier devoir d'un adolescent, c'est d'être
populaire. Le premier devoir d'un myspacien ou d'un facebooker, c'est d'avoir un maximum d'amis et de tout mettre en oeuvre dans ce but. Peu importe que ces gens vous connaissent, apprécient un
rien de que vous faites ou vous rencontrent jamais dans la vraie vie, le but, c'est qu'ils cliquent sur accepter en recevant votre demande. A chaque fois que je lis ça, je pense
au lapin du conte qui va voir tous les animaux de la forêt et leur demande "Veux-tu être mon ami ?" ( En ce qui me concerne, je ne parle pas aux lapins). On sait depuis longtemps que les légendes
MySpaciennes de groupes découverts et signés par des majors à la simple écoute de trois fichiers en ligne ne sont que des légendes (les groupes sont en général déjà signés et le plan de com
comprend une page MySpace). On découvre aussi l'infinie vacuité du peuple qui hante ce monde idéal, une éternelle jeunesse légère et stupide, à l'hédonisme mononeuronal et aux élans aussi
durables qu'une connexion Wifi. La plupart des millions d'utilisateur de ces plateformes sont là pour rien. Ils sont là pour être là. Ils sont là parce que. Les quelques minutes par jour qu'ils
passent à consulter et reconsulter leur profil, à requérir des "Addings" sont des minutes prises à l'interminable ennui de leur jeunesse, à l'infinie vacuité de leurs soirées pétards, à
l'angoisse de leurs nuits. Facebook n'est qu'une version élitiste du même produit où le schéma se complique un peu. Il n'est pas seulement important d'avoir des amis, il faut également multiplier
les groupes, les recommandations, les interventions. Sans doute faut-il concevoir Facebook comme une version préprofessionnelle du réseau social ou on passe du vide sidéral des journées
adolescentes à celui d'un Power-Point sur la gestion des flux d'information dans une PME du secteur agro-alimentaire. Bienvenue dans ta vie d'adulte, petit.
Pour en finir avec l'utilisateur, on en lit clairement la niaiserie dans la pétition lancée contre la pub sur Facebook ces dernières semaines. Si j'ai bien compris, le web 2.0 c'est : tu bosses
et j'en profite ?
En conclusion, je vois bien le réseau, mais j'ai du mal à trouver le social.
Demain : iPhone et eBook sont dans un bateau...
PS. Y'a quand même des trucs bien sur MySpace : SoCalled
Consultant les pâles statistiques de ce carnet en ligne, j'apprends avec surprise que quelqu'un - je ne sais pourquoi, une simple intuition, un pressentiment, mais je suis presque
certain qu'il est humain - est parvenu à ces pages depuis Google images en tapant "Sodomisé par un diplodocus"*.
Ami préhistozoophile, si tu me lis ECRIS-MOI. Dis moi tout de toi, confies-toi à moi. Je suis là, je peux t'entendre, je saurais te comprendre et je te le dis : tu n'es pas seul.
Viens...
(*)Note de la note : ce billet est illustré de la première image servie par cette recherche.
"Je
n’ai pas suivi l’enquête mais je vois tout de suite deux explications plausibles au mystère de la chambre jaune : l’humidité ou le tabac."
Ce matin, aux petites heures,
j'ai fini de lire The Road, de
Cormac Mac Carthy dont la traduction française doit paraître en janvier, aux éditions de l'Olivier. Promis, dès que j'ai réussi à mettre la main sur un service de presse pour vérifier que j'ai tout
compris - ce mec emploie des mots qui donnent 0 résulats dans Google ! - je vous fais un billet.Vous avez déjà rencontré quelqu'un d'aussi emmerdant qu'un retraité amateur de généalogie ?
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