Partager l'article ! Mon cul 2.0: Ce billet fait (modestement) suite à celui de Francis Pisani recensant plusieurs articles s'étonnant du retard technologiq ...
Ce billet fait
(modestement) suite à celui de Francis Pisani recensant plusieurs
articles s'étonnant du retard technologique des sites pornographiques, pourtant à la pointe du progrès il y a peu encore, qui semblent refuser le Web 2.0
Ce que la pornographie véhicule, c’est une virtualisation du sexe. Par projection, on “se” voit faisant l’amour, ce qui dans la réalité et sans aide extérieure (caméra, appareil photo, …) est impossible. Le serait-ce que cette représentation, généralement liée à la sphère intime ne serait toujours pas de la pornographie, puisque c'est de soi qu'il s'agit là. De cette virtualisation découle une “fantasmologie” extrêmement codifiée et répétitive : domination, violence, instrumentalisation du partenaire, jouissance sans complexe, oubli total de l’autre paradoxalement lié à l'assurance que la partenaire est comblée (elles jouissent toute, ces chiennes !)… Un catalogue restreint de situations dans lesquelles le client/spectateur aime à se projeter. C’est d’ailleurs en cela que ce dernier n’est pas voyeur mais tient sa place consciente de spectateur. Il participe d’un système déréalisé, codifié et clos dans quoi il peut se projeter en toute sécurité ; car vous l’aurez remarqué, le porno peut déranger, mais il n’inquiète jamais. Les tentatives d’ouvertures à l’interactivité ne peuvent être en ce cas qu’un jeu de dupes consentants. L’hôtesse du service webcam (par exemple) est rétribuée pour le rôle qu’elle joue et son spectateur/client le sait bien et l’admet en passant – via le paiement de la prestation - un contrat tacite qui les lie. Les deux jouent donc un rôle, ils simulent, en toute conscience.
Le passage à des pratiques 2.0 suppose donc que les deux (au moins !) protagonistes de l’affaire fassent preuve d’un minimum de sincérité dans leur interaction, ce qui me semble difficilement envisageable si on en reste la définition que j’ai tenté de donner plus haut.
Il semble cependant exister des espaces plus restreints, dédiées à des communautés sexuelles alternatives, qui autorisent une plus grande interactivité. L’effet tribu sans doute. Les furries, les amis du latex, fans de combinaisons gonflables et autres urolâtres ont leurs lieux d’échanges sur le web. Le faible nombre de participants, la réprobation sociale que suscite généralement leur pratique (oseriez-vous annoncer à votre meilleur ami que vous aimez être sodomisé déguisé en lapin Duracell ?) et l’essence secrète des ces pratiques créent un effet de chapelle - avec tout ce que cela suppose de secrets, d’initiation de rites et de codes - plus propice à l’échange et à la collaboration que ne le sera jamais la pornographie de grande consommation, vouée au plus petit commun dénominateur pour des raisons d’économie.
Pour l’anecdote, on m’a raconté un jour l’histoire d’un fort respectable project manager qui avait eu l’idée d’un site porno collaboratif, en partie gratuit, dont le modèle économique se basait sur l’accès payant à des fonctions avancées (chat, webcams entre amateurs, …) ou à des sites payants plus hards, plus quelques bannières publicitaires pour des confrères ou des marchands d’accessoires spécialisés. Il a pour cela fait développer une plateforme qui permettait aux utilisateurs – des couples échangistes, en l’occurrence - de créer un compte et de poster, sur un espace dédiée et accessible à tous, des textes, des images et des vidéos à des fins de rencontres concrètes.
L’objet a été développé mais n’a jamais trouvé son modèle économique. D’une part, parce que les contributions des membres (si j’ose dire) se sont avérées si « osées » qu’elles offraient aux visiteurs tout ce que proposaient les services payants, d’autre part parce que le développement des messageries instantanées et de leurs fonctions vidéo a squeezé son offre de « services plus ». La première réaction de l’entrepreneur a été de modérer les contributions les plus crues afin d’obliger les visiteurs à payer pour en voir plus. Las, la fréquentation du site a immédiatement chuté et pire encore, le nombre de contributions a suivi en dégringolant de concert. Toutes les tentatives de réglages du curseur entre érotisme et pornographie se sont révélées vaines et l’affaire a finalement capoté.
Rassurez vous, notre entreprenaute, dépité mais toujours audacieux, a redéployé son moteur logiciel dans une plate-forme collaborative de fans de cuisine qui, elle, fonctionne très bien et lui paie ses vacances aux Maldives.
L’industrie pornographie doit encore inventer un modèle comportemental qui pourrait intégrer les désirs du client dans la génération du contenu, mettre ce dernier au centre de ses préoccupations et sortir de ce modèle « catalogue de fantasmes sous vide » qui semble avoir fait son temps.
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