Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /Nov /2007 10:24
Un peu fainéant, je republie ici un commentaire que j'ai laissé sur le carnet en ligne de Lekti-ecriture à propos de la lettre que Mr. Xavier Garambois, Directeur général d'Amazon.fr a envoyé le week-end dernier à ses clients. Les réactions à ce courriel furent nombreuses. Mr Garambois, que fort peu de gens connaissaient alors, semble  être devenu l'ange maudit de la librairie française, le bras armé de l'hydre numérique  mondialiste et normative. Cela mérite réflexion...

 
 

Etant un acheteur régulier de livres sur Amazon - surtout dans leur catalogue anglo-saxon - où je trouve peu ou prou tout ce que je cherche, je comprends la position de Xavier Garambois, il est vrai quelque peu démagogique et manquant considérablement de finesse. Sa lettre, que j'ai bien évidement reçue, m'amène à formuler quelques réflexions.

Les libraires traditionnels sont aujourd'hui en train de négocier un tournant crucial dans leur histoire. Face à des librairies en ligne qui n'envisagent le livre qu'en tant qu'élément d'un flux à gérer, mettant à cette fin en place d'imposant systèmes de gestion informatique des approvisionnements (amazon.fr possèderait dans ses stocks moins de 20% des titres qu'ils proposent à leur catalogue, il en irait de même pour la FNAC), ces libraires sont donc pénalisés par des stocks lourds, tant sur le plan physique qu'économique. Les libraires en ligne sont parvenus en quelques années à créer un système qui leur offre une grande souplesse de gestion. Malheureusement, une curieuse loi physique à l'œuvre dans la grande distribution semble vouloir que toute flexibilité gagnée d'un côté se traduise par une augmentation des contraintes dans un autre secteur. Et ce sont les éditeurs qui en font les frais. Vous relevez justement dans votre billet les contraintes financières qu'impose Amazon aux petits éditeurs. En ce cas, il serait peut-être souhaitable que fut créée une structure de diffusion à l'image de ce que Calibre propose dans le domaine de la distribution. C'est peut-être un peu naïf de ma part, mais il me semble que si 20 petits éditeurs, représentant individuellement 0.1% du CA livres d'Amazon se regroupaient pour négocier leur remise avec les grands distributeurs en ligne, ils auraient un poids (2%) tout autre lors des négociations.

D'autre part, la position des libraires classiques et des petits éditeurs ne me semble pas LaNerthe.jpg forcément pertinente. Le SLF et une certaine frange des membres du SNE (ceux qui ont le plus à perdre dans l'opération) s'accroche à une loi cadre qui date de vingt-cinq ans et dons les récents aménagements n'ont pas pris en compte la "révolution" numérique. je ne suis pas certain que ce soit en empêchant les autres d'avancer que l'on progresse soi-même. J'ai même l'impression que tout ce petit monde va un jour ou l'autre se retrouver seul sur la route, contemplant au loin le nuage de poussière des grands mastodontes du marché, s'éloignant inexorablement.

La deuxième réflexion me vient des propos d'un quelconque responsable de la FNAC en ligne qui avouait à Livres Hebdo souhaiter que la condamnation d'Alapage créât une jurisprudence, permettant ainsi à son enseigne de se retirer du jeu fort couteux des frais de port gratuits. Les coûts de transport étant à nouveaux endossés par le client, la FNAC verrait alors ses marges augmenter et cela pourrait alléger la pression sur les éditeurs. Sauf que ce monsieur ne mentionnait pas deux éléments déterminants dans son hypothèse : les actionnaires de la FNAC se foutent bien des petits éditeurs, ils veulent de la marge. Ces points de bénéfice ainsi gagnés ne soulageraient pas la pression sur les éditeurs, ils augmenteraient simplement le résultat net de l'entreprise et la rendraient plus rentable. Second point, pour jouer à un jeu, il faut que tout le monde respecte les mêmes règles. Hors, comme je l'ai mentionné plus haut, les grands marchands en ligne peuvent, s'ils le désirent et à moindre frais, s'affranchir de ces règles. Si amazon.fr se voit contraint à respecter ce qui pourrait s'appeler la jurisprudence Alapage, qu'est-ce qui l'empêcherait de déplacer son activité vers la Grande Bretagne ou le Bénélux. Amazon.co.uk ou Amazon.be serviraient alors de plateforme de distribution vers la Métropole, sous droit belge ou anglais et se verraient dispensés d'observer les règles françaises. Les sommes en jeu sont telles pour ces grands libraires que les coûts engendrés par une refonte de leur système logistique en deviennent acceptables. Souvenez vous que seulement 20% de leur offre se trouve stockées dans leurs entrepôts...

Comme je le disais plus haut, nous entrons dans une zone de grandes turbulences ou toute la chaîne du livre, de l'auteur au lecteur, va devoir repenser son rôle dans un système de diffusion des savoirs de plus en plus ouvert. Les Grenelles de ceci ou de cela sont en ce moment à la mode, il me semble urgent de réserver une place à un prochain Grenelle du livre qui permettrait un vrai débat et une mise à plat des rapports éditeurs/diffuseurs/libraires/libraires en ligne. Je crains que si nous avérons incapables d'entamer cette réflexion, si pénible puisse-t-elle se révéler, d'autres le feront à notre place, et en notre défaveur.

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