Vendredi 7 décembre 2007
5
07
/12
/Déc
/2007
10:42
Mondovino : après le
film et la série télé ; le livre ?
Oui et non. Oui, parce qu’il s’agit bien d’un livre de Jonathan Nossiter, le réalisateur du film Mondovino, qui, succès aidant, parvint à produire une série pour la télévision (et le DVD).
Oui parce qu’on retrouve dans ce livre plusieurs des protagonistes du film tels Hubert de Montille ou Yvonne Hégoburu. Oui parce que Nossiter continue ici son travail de promotion de vins
d’auteurs. Oui parce que Robert Parker et Michel Rolland sont toujours ses bêtes noires ; oui parce que le vin mondialisé représente toujours pour lui un signe annonciateur de la décadence de nos
sociétés évoluées.
Et non… Visiblement, le travail d’enquête mené par Jonathan Nossiter, les heures d’interviews filmées mais absentes du film, les innombrables dégustations et rencontres lui ont laissé comme un goût
de revenez-y. Brièvement abordées dans Mondovino, les questions du pouvoir, du goût, du terroir et des vignerons qui l’expriment sont ici essentielles.
Ce livre est donc une enquête, mais il s’y mêle aussi un « making-off » retraçant les questionnements du cinéaste-sommelier tout au long de son patient travail de découverte.
Qu’est ce qu’un terroir ? Qu’est-ce que l’expression de ce terroir dans un vin ? Que font les hommes de cet héritage laissé par leurs pères et les pères de leurs pères.
Nous rencontrons ici de jeunes vignerons, héritiers de domaines prestigieux qui ont su s’affranchir du poids de leur legs tout en s’inscrivant dans une tradition.
Il existe également des notables aventureux, tel le magnifique Aubert de Villaine, co-gérant de Romanée-Conti et propriétaire de son propre domaine qui vante les mérites des cultures biodynamiques,
à l’œuvre aussi bien dans le prestigieux cru qu’il administre que dans ses modestes vignes – Notons au passage que cette biodynamie qui fait souvent ricaner nos viticulteurs bordelais est
pratiquée dans la plupart des grands crus de bourguignons depuis plusieurs décennies.
De nombreux amateurs de vin traversent aussi ces pages : la belle Charlotte Rampling, égérie du cinéaste, Jean-Marc Roulot, comédien et vigneron, Alix de Montille, fille de son père, Charles et
Monique Joguet, et d’autres encore. Dans leurs échanges retranscrits dans ce livre, se trouve sans cesse cette question de l’authenticité, du respect des crus et de la nécessité de continuer la
route tracée par ceux qui les ont précédés. Car au-delà de la problématique du goût et du pouvoir, qui donne son titre au livre, il me semble que l’essentiel se trouve ici : dans ce lieu où
dialoguent et se disputent les hommes, la terre et les vins.
On regrettera toutefois - manichéisme ou aveuglement coupable ? – que Jonathan Nossiter semble considérer le bordelais comme un no man’s land, une terre stérile toute entière aux mains de
négociants-marketteurs aussi dénués de goût que de sens moral. Des bordeaux, il n’est ici question que pour fustiger Robert Parker et Michel Rolland, ignorant les centaines de vignerons talentueux
que compte notre région ; modestes et soucieux d’élaborer leurs vins dans le respect de leur histoire tout en écrivant, année après année, la leur.
Bref, un bon et beau livre que ce Nossiter nouveau, en ce qu’il pose plus de questions qu’il n’en résout. Et, pour nous aquitains, une invitation au voyage vers de nouveaux goûts, plus au nord,
plus à l’est, vers la Bourgogne, le Rhône, l'Alsace, la Moselle...
PS. Agaçante également l’absence d’un index en fin d’ouvrage recensant les propriétaires cités et leurs adresses, ce qui m'aurait évité de bien longues heures à la recherche googueliennes.
Jonathan Nossiter, Le goût et le pouvoir, Grasset, 2007, 19,50 €
Image : Jonathan Nossiter par Jean-Jacques Ader
Publié dans : Petits Lus
0
Commentaires Récents