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Chaque génération a ses totems. En ce qui concerne la BD, les années 40 eurent le journal de Tintin, les 50, Spirou ; les années 60 et 70
connurent Pilote et les années 70 et 80 battirent au rythme syncopé de Métal Hurlant. Cette revue, ce magazine, paraissait chaque mois, amenant avec lui son lot de découvertes et de
transgressions. Métal Hurlant eut son histoire officielle : Métal hurlant : la machine à rêver (1975-1987), paru chez Denoël Graphic, un travail d'historien passionné qui, à la manière des biographes américains, faisait intervenir de nombreux acteurs ou figurants de l'époque pour en dessiner un portrait composite. Il manquait à cette légende un récit personnel, à la première personne, qui saurait dire l'incroyable folie que fut cette aventure et l'effet qu'elle eut sur toute une génération de lecteurs. C'est désormais chose faite. Serge Clerc, revenant d'entre les limbes (il s'était sans doute recyclé dans l'illustration ou la direction artistique d'une quelconque agence de pub) a repris plumes et pinceaux pour pondre l'un des plus réjouissants albums parus ces derniers mois : Le Journal, une histoire vraie. Où l'on rencontre un Jean-Pierre Dionnet du mitan des années soixante-dix, déjà cravaté, déjà fébrile et plus inconscient que jamais. Où l'on croise Druillet, Moebius, Mandryka, transfuges de Pilote et la génération du renouveau : Clerc, Chaland, Margerin.... Où l'on voit débarquer Manœuvre le bien nommé, sauveur de la revue à la plume assassine, Manchette en rupture de ban littéraire qui aiguise ici la lame de son sens critique. Caro, qui œuvra dans la BD avant de céder aux sirènes du cinoche...
Métal Hurlant connut son heure de gloire : il y eut une même une version américaine - Heavy Metal - et un film, puis déchut, comme déchut tout un pan de la presse BD
(A suivre et L'Echo des Savanes - pas le journal de fesse, celui d'avant ndla.). Il reste de tout cela un éditeur, les Humanoïdes Associés, qui appartient désormais à un groupe d'édition, et de
magnifiques souvenirs de lectures - ah ! Gwendoline... Il restera désormais un beau livre, roman graphique de Serge Clerc, « le cubiste arrondi » enfin de retour aux affaires. Et ça, c'est une
bonne nouvelle !
Le journal, Serge Clerc, Denoël Graphic, 25 euros
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