Partager l'article ! Copier & Coller: Ce matin, de nombreux blogs ainsi que Libé publient un texte de Chris Marker concernant la plainte déposée par le ...
Ce matin, de nombreux blogs ainsi que Libé publient un texte de
Chris Marker concernant la
plainte déposée par le MRAP contre le groupe Justice et son film Stress produit par le collectif Kourtrajmé. En effet, le MRAP a estimé "que le seul moyen pour les auteurs du clip de
démontrer leur bonne foi était de mettre immédiatement un terme à l’absence de discernement qui a présidé à cette diffusion en ligne, en arrêtant immédiatement toute diffusion commerciale de ce
clip. Le MRAP a mis, le 25 mai 2008, en demeure la maison de disques « Because Music » afin d’agir vigoureusement auprès des hébergeurs pour obtenir le retrait immédiat des vidéos en ligne et de
renoncer par avance à toutes les retombées commerciales, attendues ou non, de cette désastreuse opération."La fable chinoise de l’imbécile, du doigt et de la lune a tellement servi qu’on éprouve une certaine crispation à la trouver au bout de sa plume. Pourtant j’ai beau tourner la chose dans tous les sens, je n’en vois pas qui s’applique aussi littéralement au communiqué du MRAP, portant plainte contre le clip du groupe Justice dont « l’intention raciste est avérée ». Le mot inadmissible ici est « avérée ».
Tout le monde a le droit d’exprimer une opinion ou un blâme, mais il faut une sacrée dose d’outrecuidance pour décider, non de la portée éventuellement négative d’une œuvre, mais de l’intention intime de son auteur. Car il y a, figurez-vous, un auteur, Romain Gavras, et autour de lui un groupe, Kourtrajmé, dont les productions jusqu’à ce jour avaient comme caractéristique de déplaire tout particulièrement aux racistes. Ce pourrait être déjà un sujet, au moins, d’interrogation.
Mais d’abord, marre de ce terme de « clip » pour désigner n’importe quel très court métrage. Tant de longs métrages aujourd’hui ressemblent à des clips étirés qu’il est permis de saluer un clip qui ressemble à un film. Je risque un autre mot, en m’amusant d’avance de l’incrédulité qu’il va susciter chez certains : un poème. Un poème noir, violent, sans concession, sans alibi, magnifiquement « écrit » (encore faudrait-il qu’on s’intéresse à l’écriture cinématographique, vaste débat) et dans la ligne d’un certain nombre de ces poèmes qui dans toutes les langues, à un moment donné, ont dérangé et troublé, et dont certains en effet ont fini devant les tribunaux.
Montrer ce que personne ne veut voir, c’était en d’autres temps une fonction de la poésie. Cet objet non identifié qui tombe dans un paysage audiovisuel où par ailleurs la violence est partout présente, mais avec assez de roublardise et de complaisance pour être acceptée sans états d’âme, j’aurais tendance à le comparer au parallélépipède que Kubrick dresse, dans « 2001 », près d’un troupeau de singes endormis. Incongru, incompréhensible au point que c’est à force de n’y rien comprendre que s’éveillera l’idée qu’il y a quelque chose à comprendre. Les singes ont évolué. Les censeurs, ça reste à voir."
Commentaires Récents