Lundi 23 juin 2008
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Voici une image que vous devriez voir souvent dans les jours qui viennent. C'et étrange visage est celui du merveilleux Albert Cossery.
Egyptien, il vivait à Paris depuis plus d'un demi siècle, habitant une sobre et calme chambre d'hôtel, écrivant. Car il était écrivain. De lui je n'aurai lu que Mendiants et
orgueuilleux, court roman qui renfermait ce que la littérature peut faire de mieux : un monde disparu où la langue était puissance et les images des armes, où la raison et la parole se
construisaient l'une l'autre, où la cruauté enfermée en tous pouvait se dissoudre dans un rire. Chacune de ses phrases était une pâtisserie orientale parfumée d'acide. Peut-être a-t-il inventé
sans le savoir le post-exotisme bien avant Volodine. Peut-être pas, on s'en fout. Mendiants et orgueilleux était un beau livre publié avec courage et intelligence par Joëlle Losfeld.
Comme c'est souvent la cas lorsque je me trouve confronté à trop de talent, je n'ai plus jamais lu de Cossery. Seul demeure donc en moi
le souvenir enchanté et désabusé de ce chef d'oeuvre de dandy en sandales.
Albert Cossery est mort ce week-end, à 95 ans, sa chambre d'hôtel est
désormais vide.
Publié dans : Petits Lus
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