Jeudi 17 juillet 2008
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Vous ne me trouvez pas quelque chose de Bruce Willis ?
Dans mon oeil luit déjà l'éclat violet du vengeur. Je suis flic mon gars, I'm a damn' cop. Disons que j'assure la sécurité dans un centre commercial. A temps partiel. Depuis le 9-11, les
centres commerciaux sont des cibles potentielles de premier choix pour les ennemis de la liberté, c'est M. Laplume, le manager du mall qui nous l'a dit. Il lui faut des gens comme moi : aguerris,
maîtres de soi, affûtés et sans pitié pour veiller sur le calme fleuve de clients innocents qui chaque jour emplit l'allée centrale du Mall et les boutiques attenantes. Je suis l'un des garants
de la paix civile et je serai sans pitié avec ceux qui menacent l'harmonie de notre beau pays.
Je les surveille : les fuyants, les basanés, les musulmans, les latinos trop humbles dont les yeux fatigués se voilent d'une taie d'amertume,
les barbus, les glabres - qui sont des barbus en puissance, les petits, les grands, les gros, les trop maigres, les enfants, les aveugles, les voyants, les chiens, les mères de famille, les
hommes seuls, les vieilles, les bandes, les silences, les lumières, les sacs, les reflets, les rideaux fermés des cabines d'essayage, les consultants, les informaticiens, les chômeurs, la
fleuriste, Vasti, mon collègue indien, les dalles de marbre de l'atrium, le soleil à travers la verrière et les oiseaux et les nuages et Dieu.
Un jour, j'aurai ma chance. un jour, un salaud viendra et dégainera son riot gun. Ce jour là je serai là, en face de lui. Je l'envisagerai
calmement et je lui dirai que c'est fini. Fini avant d'avoir commencé parce que je suis là, face à lui, je suis le rempart. Je serai le rempart et je serai immortel. Je tenterai de l'apaiser mais
ce fou fanatique n'entendra rien. Ressentant alors un état de menace légitime, je lèverai mon arme, il lèvera la sienne et je l'ab... Non, il m'abattra. Mais j'aurai su plonger à temps pour
éviter la décharge de chevrotine et je n'en retirerai qu'un vilaine blessure. Je serrerai les dents - les fesses aussi, ça fait mauvais effet de se souiller - La fumée retombée, l'écho des
détonations envolé, je me mettrais debout, sanglant, tremblant de douleur et de colère et je l'abattrai comme le chien qu'il est d'avoir voulu défier l'occident. Deux balles. En plein coeur. Je
serai le seul blessé. Je tomberai à genoux, le monde deviendra flou, des silhouettes m'entoureront et je pourrais alors fermer les yeux pour ne les rouvrir que dans l'ambulance.
Je serai enfin publiquement le héros que j'ai toujours été. Ils auront alors honte de leurs regards méprisants. Ils auront honte de leurs
sales vannes de merdeux quand je les coursais dans les allées du centre. Robicheaux et ses connards de potes auront honte de m'avoir si souvent rossé au lycée. Le coach de l'équipe de judo ne se
moquera plus de moi. Sabine Reloux, l'avocate, n'écourtera plus nos conversations de hasard dans la rue. Elle me demandera de mes nouvelles, me félicitera pour mon courage, me proposera de
l'aide. Et la nuit, elle touchera son petit con humide en pensant à moi, en rêvant qu'une belle queue de héros la remplit et la comble enfin. Les mômes verront en moi un héros, les filles l'amant
de leurs rêves, les mecs l'ami qu'ils auraient tant voulu avoir. Ma mère n'y comprendra bien sûr rien, elle ne me reconnaît plus depuis déjà deux ans, mais tante Claire cessera de
systématiquement faire précéder mon prénom de "ce pauuuuuvre...". Raoul. Je serai Raoul. Je réhabiliterai Raoul. Raoul sera le nouveau Bruce. Les jeunes parents du compté aimeront donner ce
prémon à leur premier fils. Ils me demanderont d'être parrain. Je viendrai en boitant, m'aidant dans ma marche d'une modeste canne (ma blessure, vous vous souvenez), je poserai ma main sur le
front de l'enfant, en souriant, et il sera béni. Je serai le sauveur de l'Amérique. J'aurai déjoué un attentat suicide au centre commercial de Chambly, près St-Hyacinthe, Québec, Canada. Mon père
me téléphonera peut-être.
Publié dans : Whatever
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