Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /Juil /2009 12:15
Dans une autre vie pas une seule de mes journées ne s'achevait sans un rapide coup d'oeil au bleu du ciel. J'avais oublié que le bonheur peut-être grave et la légèreté triste comme une danseuse en larmes. Jusqu'à aujourd'hui.

«De mon temps tout le monde chantait. (Excepté moi, mais j’étais déjà indigne d’être de ce temps-là). Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd’hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d’une bassesse dont on n’a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d’aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n’avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n’y avait pas cette espèce d’affreuse strangulation économique qui à présent d’année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait. Il n’y avait pas cet étranglement économique d’aujourd’hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n’y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidement tort

Charles Péguy, L’argent
Publié dans : Bits and sense - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche

Commentaires Récents

$$$$$

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés