Je hais les camping-cars.
Je hais ces mammouths sous motorisés qui se traînent sur presque toutes les routes du monde. Je hais les voir s'entasser le soir venu sur d'improbables parkings hâtivement baptisés "aire d'accueil" par des municipalités effarées de la laideur nomade de ces Tupperware© sur essieux, gagnant un pauvre espace vital à grands coups de chaises de camping et d'auvents électriques déployés à l'arrache pour contrer l'invasif voisinage d'un autre camping-cariste. Je hais ces hordes en sandales et chaussettes, ces shorts à revers, ces lunettes à écran relevable.
Je ne comprends pas ce qui pousse des retraités à dépenser de véritables fortunes dans ces trucs puants qui les trimballent de camping en camping, de pompe à merde en pompe à merde, de prise électrique en prise électrique au long d'éternelles vacances. Parce que ces connards sont toujours en vacances : ils ont bossé toute leur vie pour se payer ces trucs et s'offrir la retraite enfin venue le droit de trimballer leur attentat visuel mobile d'Ostende à Gibraltar, de Malmö à Athènes, comètes absurde entraînant à leur suite une queue de bagnolistes impatients, prêts à risquer leur vie et celle des leurs rien que pour pouvoir les doubler.
Par dessus tout, je hais le mépris suffisant de ces crétins qui croient enfin vivre là leur éternel rêve d'une liberté gagnée à coup d'échines courbées devant des petits chefs toute une vie durant. Assez pour gagner de quoi s'offrit le luxe ultime d'enfin, à leur tour, conquérants et vengeurs, faire chier le monde au volant de leur camion bariolé.
...Sauf que quand j'étais morbac, j'ai fait l'inévitable voyage linguistique aux USA. Ma famille d'accueil avait un de ces gros Winnebagos et que c'était bien cool de se trimballer là-dedans en buvant du Coca et en écoutant les 8-tracks tapes du paternel countryphile. On a les Amériques qu'on peut.
Note. L'image est un dessin de Kevin Cyr, qui peint de beaux camions et participe en ce
moment à l'expo Pignons sur rue à la Maison Folie de Wazemmes à Lille, jusqu'au 6 juin.
Le très honorable David Cobbold a eu la gentillesse de me faire parvenir cette curieuse photo. D'ordinaire, David prend tout de même le soin de m'expliquer le contexte et les raisons qui lui ont fait choisir l'image qu'il m'envoie. Malheureusement, il ne possédait cette fois que l'image sans plus de précision, sinon que le mec de droite ressemblait furieusement à Henri Pescarolo.
Google donc...
Une simple recherche "pescarolo"+"velo" m'a d'abord indiqué que le barbu le plus rapide de l'histoire était fan de bicyclette, mais ça, je le savais déjà. En revanche, la recherche d'images m'a
un peu mieux renseigné et, grappillant ici et là sur divers forums je suis arrivé à reconstituer l'histoire.
Donc :
Il s'agit effectivement d'Henri Pescarolo...
Le cycliste à ses côtés s'appelait Jean-Claude Rude. Il préparait une tentative de record de vitesse à vélo, record officieusement détenu par Al Abbott, un américain, à 223.466 km/h. Rude
visait 240 km/h.
Le vélo possédait un gigantesque plateau lui permettant un développement de 27 m. La voiture, une Porsche 935 Turbo, était conduite par Pescarolo. L'arrière étrange était destiné à abriter le
cycliste ainsi qu'à créer un effet d'aspiration. Un pacer de luxe, en somme.
A l'époque, les souffleries n'étant pas disponibles, Rude s'entraînait à supporter les turbulences aériennes en se tenant au plus près des voies de chemins de fer lorsque passaient les trains
rapides. C'est par l'un d'eux qu'il a été happé, en gare d'Auxerre, il est mort sur le coup, avant d'avoir pu faire sa tentative. C'était probablement en 1979 ou en 1980. J'écris "probablement"
parce que je trouve plusieurs dates possibles pour la tentative de record de Rude, la plus précise étant le 6 décembre 1979. D'autre part, le nom de Rude apparaît au palmarès de la fédération
française de cyclisme en 1979. Il me semble donc improbable qu'il fut décédé l'année précédente.
Si vous avez des infos à ce sujet, je suis preneur...
Au milieu le directeur sportif Jean de Gribaldy, Jean-Claude Rude est à droite.
En action...
« Quand la légende est plus belle que la vérité, on imprime la légende » fait dire John Ford au journaliste narrateur de L'Homme qui tua Liberty Valence. Mais quand la vérité est plus belle encore, que fait-on de la légende ? C'est la question que je me pose en écrivant ces lignes consacrées à l'un des emblèmes du chic racing, le chronomètre Rolex Cosmograph Daytona dit Paul Newman.
Des légendes, il en existe tant concernant cette montre. J'en connais au moins trois.
La première voudrait qu'au début des années soixante dix, Paul Newman, acteur, star, icône stylistique, ait demandé à la firme horlogère suisse de créer à son usage une version spécifique de la Rolex Cosmograph « Daytona ». Rolex conçut donc une montre dont le fond de cadran recevait une décoration contrastée – fond noir et cadrans crème ou fond crème et cadrans noirs – de la Daytona.
Newman, alors jeune propriétaire d'une écurie de course automobile, aurait utilisé cette montre comme cadeau de bienvenue pour ses pilotes et autres sponsors. Une belle histoire qui a pour mérite d'expliquer la supposée rareté d'une montre presque banale par sa technologie : corps acier, remontoir mécanique ainsi que son aura légendaire.
La seconde légende unit cinéma et
automobile. Paul Newman aurait porté une Rolex Daytona dans le film Winning (1969), avec Robert Wagner et Joanne Woodward (Mme. Newman à la ville) qui avait pour toile de fond la célèbre course d'endurance automobile. Ce film aurait fait la renommée de la montre. On se rappelle
que Newman était, depuis la fin des années 60, un roi Midas du style : tout ce qu'il portait, touchait ou appréciait se transformait aussitôt en or. L'histoire, fausse bien sûr, est donc
plausible.
Quand à la troisième, elle nait en Italie, en couverture du magazine de mode pour homme Moda qui, en 1973, présenta un Newman portant cette montre. Midas oblige, ce que l'Italie comptait de fans de style et de course automobile (l'essentiel de la population masculine, prêtres compris, donc) se rua sur la montre lorsqu'elle en avait les moyens.
Ces histoires ont longtemps passé, et passent encore, pour vraies. Je me suis moi-même plu à croire en la première d'entre-elles, maintes fois répétée à mes amis lors de dîners, enjolivée de force détails. Elle avait à mes yeux l'immense avantage de faire de la Daytona Paul Newman un Graal inaccessible puisque, pour la posséder, il eut fallut que je fusse pilote ou sponsor de l'écurie de l'acteur, ce qui, au vu de mes talents de conducteur ou d'homme d'affaires, semble difficilement possible.
Le propre des légendes plausibles, c'est que tout le monde les considère comme acquises et en discute les détails sans en questionner le fond. Combien de documents, de gloses de thèses ont été publiés s'appuyant pour tout ou partie sur ces trois histoires ? Et combien, dans le même temps, ont pris la peine de questionner les principaux intéressés sur la Genèse de ce modèle légendaire ? Peu, en effet.
Il existe pourtant un homme de bon sens autant que de bon goût, le journaliste John E. Brozek, expert reconnu des chronographes Rolex, qui, en 2003, a rencontré Paul Newman et l'a
tout simplement questionné sur « sa » montre. L'acteur et pilote lui a tout répondu qu'il n'avait jamais possédé Rolex Daytona Paul Newman. Que la seule Daytona qu'il ait jamais portée
lui fut offerte par son épouse, Joanne Woddward, pour ses débuts de pilote de course en 1972. Le dos de la montre était d'ailleurs gravés de ces mots doux et moqueurs : « Drive Slowly,
Joanne ». Il la portait encore se jour de 2003 où John Brozek eût la chance de le rencontrer. De celle qu'il portait dans Winning, il ne se souvient pas mais un examen rapide des
images disponibles de ce film montre que le garde-temps qu'il arbore n'est même pas une Rolex. Enfin, la star admet qu'il est possible qu'il ait porté sa propre montre sur la couverture de
Moda, les dates concordant. Paul Newman a par ailleurs brièvement été propriétaire d'une autre Rolex Daytona qui lui fut offerte par la marque en 1995 lors de la remise du titre de Rolex
Motorsport man of the year. Las, hormis sur les photos de l'évènement, il ne la porta guère et, fidèle à ses conviction philanthropiques, il en fit don à une oeuvre caritative qui en tira sept
fois sa valeur vénale lors d'une vente aux enchères. Midas un jour, Midas toujours...
Si l'on se tourne maintenant du côté de Rolex, il est aisé de se rendre compte qu'il n'existe aucun modèle portant explicitement le nom de Paul Newman. S'il existe bien une Daytona, cette appellation fut conférée a posteriori au modèle de chronomètre à cadran contrasté. Ce sont en effet les fans de la Cosmograph, référencée dans la nomenclature Rolex sous le numéro 6241, qui l'ont baptisée ainsi au regard de sa popularité chez les coureurs automobiles. A l'époque, une multitude de versions de la montre était offerte au public, parmi lesquelles des versions à cadrans dits « exotiques », contrastés, poussoirs champignon et repères carrés sur le pourtour des cadrans afin d'en faciliter la lecture dans des conditions difficiles (par exemple, lire l'heure à la sortie de Mulsanne au volant d'une Lola T70 alors que vous êtes en tête des 24 heures du Mans et qu'il ne reste que quelques minutes de course), boîtier acier et mécanisme à remontoir qui devint légendaire sous l'appellation Paul Newman.
Un de mes amis a coutume de dire : « Ne laissons pas les Porsches aux cons ». Signifiant par là qu'il se refuse à considérer certains fétiches masculins, particulièrement désirables par leur qualités esthétiques et techniques, comme infréquentables en regard de leur statut de marqueurs sociaux pour m'as-tu-vu et autres frimeurs ; ou de la charge symbolique (vous savez : grosse voiture = petit zizi, etc.) qu'ils trimballent (autos, motos, montres, objets high-tech, souliers, etc.). Pour conclure, j'ajouterais « ...et les Rolex à Sarkozy. ».
Source : John E. Brozek, 30 Year Love Affair, The Paul Newman Daytona... sur Quality Time


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